Chemin privé !
Des moulins sur la Sorgue
Fontaine de Vaucluse, le moulin à papier Vallis Clausa
Les roues à aubes de l'Isle sur la Sorgue


" SORGUE, ou Sorgue de Vaucluse. Superbe rivière du bassin du Rhône, sortie d'une source splendide. Dans le département de Vaucluse, auquel cette source a donné son nom. ... Dés sa sortie du cirque de Vaucluse, la merveilleuse rivière devient paisible, sauf aux tombées, aux fuites, aux moulins des usines. A peine a-t-elle parcouru 2 km. que les collines de molasse qui resserrent son val en gorge s'abaissent, elle échappe à l'étreinte des monts Vaucluse et entre, à Galas, dans l'immense plaine du Comtat, à l'endroit même où elle passe sous le bel aqueduc de Galas, qui porte le canal de Carpentras d'un bord à l'autre du vallon.

A 4 Km de cet aqueduc, un peu avant d'arriver à l'Isle, elle se partage en deux grandes branches, dans le lieu dit bassin des Esptuguettes et là, n'ayant encore que 6 k. de long, elle a déjà fait mouvoir, de son eau constamment fraîche (12° à 14°), 8 moulins à farine. 1 moulin à garance, 2 moulins à triturer le bois, 1 moulin à tisser la soie, 2 moulins à ouvrer la soie, 8 papeteries, 2 ateliers d'ajustage 210 chevaux-vapeur sont utilisés, sur plus de 900 utilisables de plus, la rivière irrigue 36 hectares. (Dictionnaire géographique et administratif de la France et de ses colonies - Paul Joanne - 1890-1905)

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Fontaine de Vaucluse

Le site de la source de la Sorgue. " Source justement célèbre, qui a donné son nom au département et au village dans lesquels elle est située, et qui forme la Sorgue, remarquable affluent du Rhône. "

source de la sorgue
" Un rocher monte. Il est droit, il a 200 m. de haut. il est de couleur ardente, avec plaques sombres ; à gauche se lèvent des pointes blanchâtres à droite un bloc, blanchâtre aussi, continue sa pierre par une ruine de château. "
fontaine de vauclause sorgue source
" Devant le roc, dans une « lin du monde », une rondeur d'eau s'épanche au printemps, ou quand les orages d'été, d'automne, ont eu force de typhon, puissance de déluge du seuil elle s'incline en cascade sur un chaos de blocs brunis par la mousse. C'est la Sorgue.

Elle ne monte au niveau de sa large ouverture de puits que lorsque son abîme lui transmet 22 m. cubes par seconde, c'est-à-dire pendant la moindre moitié de l'année.  Lorsque la pluie manque sur les plateaux, l'eau baisse dans le puits ne sortant plus à la gueule d'en haut, elle s'échappe latéralement, par des fissures et va jaillir entre les roches entassées désordonnément sur la pente de la cascade. "
sorgue fontaine vaucluse
A peine plus loin, la Sorgue est déjà cette " superbe rivière du bassin du Rhône, sortie d'une source splendide."

Moulins à papier Vallis Clausa à Fontaine de Vaucluse

Vous ne manquerez pas de visiter le moulin à papier de Fontaine de Vaucluse. Son fonctionnement est initié par une grande roue au fil de l'eau tournant à 5 tours par minute. Son diamètre est de 7 mètres, elle a 48 pales mesurant 2 mètres de long. Elle est alimentée par la source du Pagodon dont le débit est de 1m³/seconde.
moulin à papier fontaine de vaucluse
Reconstitution d'un moulin à papier comme il en exista à la fin du Moyen-Age. En Provence et dans le comté Venaissin, l'apparition des premiers battoirs date du début du XIVème siècle. A Fontaine de Vaucluse, le premier moulin à papier date de 1522, au lieu-dit le Martinet, sur la rive opposée de la Sorgue. Dans le courant des siècles suivant, quatre autres s'y ajoutèrent, dont la papeterie dite du Chemin de la Fontaine construite en 1862 et située sur l'emplacement de l'actuel moulin Vallis Clausa. L'usine fonctionna jusqu'en 1968.
moulin a papier fontaine de vaucluse
La grande roue entraînée par l'eau fait tourner les autres plus petites situées à l'intérieur. La vitesse voulue atteinte, une courroie croisée entraîne un arbre de 6 mètres garni de 70 cames (ergots) en bois qui soulèvent alternativement les maillets au niveau de l'éperon (les maillets ne se soulèvent donc jamais en même temps pour permettre le meilleur brassage de la pâte). Les maillets sont en sapin et pèsent chacun 75 Kg.

L'ensemble comprend 5 cuves en granite, appelées "creux de pile", chacune est équipée de trois maillets (une pile) : 2 cuves dites défileuses, 2 raffineuses et 1 affleureuse ; chaque cuves contient à peu près 15 Kg de chiffons (lin, chanvre et coton). La tête de chaque maillet est garnie de lames d'acier tranchantes qui déchiquettent ces chiffons sur une platine d'acier pendant 24 à 36 heures suivant la qualité de pâte recherchée. L'eau circule en permanence dans les cuves.
moulin a papier fontaine de vaucluse
La presse à cabestan (contre le pilier), la grande cuve, la pile hollandaise.

A la fin du cycle, on obtient une pâte plus ou moins grossière. Si l'on souhaite un papier de meilleure qualité, elle sera déposée dans une la cuve blanche dite « pile hollandaise », car inventée ... en Hollande au XVIIIème siècle. Sous la demie-coque en bois (marron), un cylindre muni de lames déchiquette de nouveau la pâte sous le maintien d'un courant d'eau permanent. Le rendement de la pile hollandaise était bien supérieur à la précédente, elle a en son temps permis une avancée technique significative.

moulin papier fontaine de vaucluse
C'est ici que " L’art de l’ouvreur, l’ouvrier papetier, peut alors s’exercer ! Tel un orpailleur, appuyé contre le rebord de la cuve et après avoir bien remué cette pâte à l’aide du redable, l'ouvreur immerge une forme (sorte de tamis) au format de la future feuille dans le liquide." Il créée la première épreuve de la feuille qui prend alors forme, marquée si besoin du filigrane de la marque du moulin.

L'ouvrier coucheur lui succède, il est chargé de presser les piles de feuilles afin d'en évacuer l'eau - voir ici la presse à cabestan (photo supra), utilisée avant l'arrivée des systèmes hydrauliques. L'opération suivante est délicate car il faut séparer les feuilles encore humides et par conséquent encore très fragiles. S'ensuit le séchage qui va durer jusqu'à trois jours. Les feuilles sont de nouveau empilées pendant au moins 4 jours pour éviter qu'elles ne gondolent. "

Fini ? Pas encore ! Autrefois manuel, chaque feuille est polie grâce aux laminoirs, travail qui était autrefois manuel effectué par les lisseuses au moyen d'une pierre en silex. Et maintenant, à vos écritoires, une visite au moulin et quelques jolies feuilles pour retrouver un plaisir s'évanouissant. Le moulin possède aussi une boutique en ligne.

En 1926 ... " Vaucluse, village touristique et industriel. Légèrement à l'écart du village, sur la route de Vaucluse à Cavaillon, la papeterie Gallast occupe 300 ouvriers dans ses ateliers ; pièces obscures, matériel usagé, conditions d'hygiène déplorables sont autant de facteurs qui rendent plus pénibles encore le labeur de ses prolétaires. Les salaires ? Insuffisants comme l'on pense Aux machines, 3 francs de l'heure aux conducteurs ; 2 fr. 20 aux "seconds" ; 1 fr. 25, aux "troisièmes" ; les femmes au tri des chiffons gagnent, elles, 1 fr. de l'heure

Papeteries Garcin, spécialité de papiers d'emballage. 100 ouvriers. Salaires identiques à ceux plus haut cités. Le patron maire de Vaucluse a cru libérer sa conscience de démocrate, en créant une coopérative de consommation à l'usage de ses employés, à qui il vend des denrées de quelques sous meilleur marché. La belle affaire ! Le bonhomme ne doit pas y perdre. En suivant la Sorgue en amont, sur le chemin rocailleux qui conduit à la célèbre Fontaine de Vaucluse, un long bâtiment construit en bordure de la rivière et d'où se dégage une forte odeur de chlore les usines Valdor, papiers en rames, en cahiers, fabrication intensive du papier à cigarettes pour l'exportation. Main-d'œuvre étrangère Espagnols, Arméniens, Français et coloniaux aussi ils sont bien là 300 à travailler au tri, au lessivage, au blanchiment des chiffons, à leur métamorphose en blanc papier.

Dans cette papeterie moderne, il faut travailler 12 heures par jour. Afin d'accroître la production, la direction transforme chaque année ateliers et matériel ; pour ce faire, l'argent ne manque jamais. Mais c'est, de loin en loin, de quelques centimes seulement qu'elle augmente ses ouvriers. Et si les ouvriers subissent, comme partout, la hausse du coût de la vie ils ignorent en quoi consiste l'échelle mobile des salaires et n'ont aucune notion du syndicat. Leurs patrons ont donc beau jeu ! R, DIGNE. " (L'Humanité - 24/10/1926).

Les roues à aubes de L'Isle sur la Sorgue.
RDV à l'office de tourisme pour y retirer le circuit des roues à aubes et des antiquaires

" L'Isle sur la Sorgue est la ville des platanes aux rameaux étalés. Une eau merveilleuse y court, vivante, brillante, juvénile, purement et magnifiquement verte sous le ciel éclatant, toujours fraîche dans l'air embrasé du grand val de Rhône.

Cette jeunesse et cette fraîcheur de flot, cette onde qu'on apaise un moment, mais qu'on n'arrête jamais, ces cascades, ces fuyants d'usine, cette rivière en riviérottes, cette vie ondoyante et prodigue, c'est la Sorgue ou, pour vrai dire, la moitié de la Sorgue, la branche de l'Isle ou de Thor, l'autre étant celle de Velleron."

isle sur la sorgue partage de la sorgue
Le partage des eaux. C'est ici que la Sorgue se sépare en deux bras qui vont embrasser le village.

" Située au milieu des fertiles campagnes de la plaine du Comtat et bâtie dans une position très forte, sur plusieurs îles de la Sorgue, poissonneuse rivière, cette localité fut fortifiée dès une époque ancienne. Un marché y existait, d'accès facile, puisque l'agglomération est de plain-pied avec la plaine, et sûr, puisque des murailles l'entouraient. On trouvait aussi à L'Isle des moulins ; une industrie y prospérait, celle des draperies ; ces draperies étaient exportées jusqu'à Marseille. Les habitants faisaient également le trafic du sel et d'autres marchandises, et avaient sans doute étendu leurs opérations assez loin dans les régions voisines. L'existence d'un péage à L'Isle même achève de nous fixer sur l'importance commerciale de cette ville. " (Mémoires de l'Académie de Vaucluse - 1913)
isle sur la sorgue
Les eaux de la Sorgue fournissaient depuis une époque très ancienne, la force motrice à de nombreuses usines. La première utilisation fut, probablement, pour les moulins à blé, avant une spécialisation dans la laine et la soie. A l'origine, filage et tissage se faisaient à la main par les paysans des fermes, qui apportaient ensuite leurs étoffes à l'Isle pour y être "parées", c'est à dire foulées et apprêtées aux moulins-paroirs ou "paradoux" actionnés par les eaux de la Sorgue. Mais peu à peu les moulins paroirs se mirent eux-mêmes à filer et tisser, accroissant ainsi leurs activités.
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Le circuit vous permet de découvrir 15 roues à aubes, ici celle de la porte d'Avignon, ancienne roue du jardin des religieuses de Sainte-Elisabeth.
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La roue Giraud, autorisée en 1821 pour irriguer un jardin.

" Comme Venise, l'Isle également sortie, des flots, aux époques d'invasions, doit sa fondation à une colonie de pêcheurs (576). Un besoin
pareil d'échapper aux Barbares avait poussé les populations à se réfugier, là dans les lagunes, ici dans les marécages de la Sorgue, marécages qu'on eut bientôt desséchés, en donnant un écoulement aux eaux, eu régularisant leur cours. "... (La Provence artistique & pittoresque : journal hebdomadaire illustré - Marius Olive - 1893).
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Deux martelières, ces trappes en fer coulissant verticalement, permettaient de réguler les débits dans les bras secondaires parcourant la ville.

" L'Isle appartenait au Comtat Venaissin. On l'appela donc, - pour le distinguer des autres pays nommés de même - l'Isle de Venaissin, de Venisse (Insula Venaissini, Venascini), plus doux de Venise. C'est pourquoi les partisans de l'euphonie, grâce peut-être à un certain air de famille entre ce pays et la reine de l'Adriatique, disent encore, comme on l'a dit si souvent : la Petite Venise. "
(La Provence artistique & pittoresque : journal hebdomadaire illustré - Marius Olive - 1893).
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Au XIIIème siècle, les draps dits "blanquets" que l'on fabrique à l'Isle, sont très appréciés. Ce sont des draps pour recouvrir les lits qui représentent nos actuelles couvertures. Il y a eu sur les différentes branches de la Sorgue 62 roues recensées. Le record vient du bras de la Sorgue qui traverse le centre-ville, appelé Sorgue de l'Arquet. Long de 527 mètres, 17 roues y avaient été installées. Vers la fin du XIXème siècle les 17 fabriques de soie et de laine étaient en activité au quotidien, d'après le procès-verbal de constat du 28 septembre 1855, et employaient 297 ouvriers.
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... " Nous débarquions à 8 heures du soir, en gare de l'Isle. Dans une salle à manger d'auberge de village, à tapisseries à ramages, les fenêtres drapées de rideaux de calicot blanc, une cheminée surmontée d'une glace dont la bordure d'or se dissimulait mal sous une housse de tulle, avec sur table de marbre très simple, une merveille : deux beaux candélabres d'argent, style Louis XVI ; c'est là. que nous finies honneur à un dîner, fin, succulent, sortant de la banalité dès dîners de grande route. Pensez-donc le lapin et le pigeon traditionnels avaient fait place à d'excellentes bouchées aux écrevisses, à des pâtés d'anguilles que Véfour n'eut pas rougi de signer. " (La Vedette : politique, sociale et littéraire - 1887)
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2 des 3 roues de la rue Théophile Jean traversée par le canal de l'Arquet ; on a compté jusqu'à 14 roues dans cette rue dont les usines étaient principalement dédiées à la fabrication de soie. Au premier plan, la roue Victor Courbet, l'ordonnance royale donne l'autorisation de l'utiliser en 1832 pour un moulin à soie et filature de laine ; plus loin, le roue de l'hôpital fournissait l'eau à l'hôpital.

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Un exemple d'ordonnance royale.

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Profitez-en pour visiter la collégiale Notre Dame des Anges.
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Collégiale en 1222, classée monument historique en 1911 sa décoration à l'italienne date du  XVIIème siècle.
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Roue de Valébrègue.
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A droite, la roue de Ribière appartenait depuis une trentaine d'année à la famille Roze, lorsqu'elle fur réglementée par une ordonnance royale du 19 février 1843.
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La roue de minimes (au 1er plan), construite par les frères Minimes pour fournir l'eau à leur couvent. Derrière, la roue des Lices de Villevieille dont l'exploitation a été autorisée par ordonnance royale de 1818.
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" PAIN CHER ET BAS SALAIRES. SOUFFRANCE PROLETAIRE SOUS LE SOLEIL DE VAUCLUSE. USINES MALSAINES, SALAIRES DERISOIRES EN AVIGNON.

Avignon, L'Isle-sur-Sorgue, Fontaine de Vaucluse, où tout éclate sous le soleil, après Firminy et son ciel gris où tout s'estompe dans les fumées. Contraste climatique qui fait ressentir plus pénible encore la misère des travailleurs du pays noir. Pas d'illusions, toutefois là comme ici, deux classes, à l'antagonisme plus ou moins apparent mais dont on découvre, sans peine, les symptômes.

60 francs par semaine à la tapisserie d'Isle-sur-Sorgue. ... Une salle basse et d'autant plus obscure que, dehors, le soleil aveugle. Un bruit "assourdissant de machines en action ; une fine poussière sature l'air ; on tousse à narler fort les ateliers de cardage de l'usine Brunchampein, de l'Isle-sur-Sorgue, tapis et couvertures. Des jeunes gens pour neuf heures de peine dans une telle atmosphère touchent un salaire de 7 à 9 francs ; travail dangereux ; la fréquence des accidents en fait foi. Tout récemment encore, un gamin de treize ans eut le poignet gauche sectionné par un engrenage. Les femmes au métier à tisser, - à la tâche toujours - ont des salaires hebdomadaires de 80 francs (les plus habiles), de 65 à 60 francs soit 10 francs pour neuf heures d'absorbante besogne. Les hommes ? Ouvriers qualifiés 20 francs en moyenne ; manœuvres 14 francs." (L'Humanité - 24/10/1926).
isle sorgue roue aubes moulin
C'était une jolie matinée à L'Isle sur la Sorgue.

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