Chemin privé !
Les bornes milliaires romaines de la voie Aurelia au château Peiresc à Belgentier, Vérignon et Ampus ;
la quille du Tillet entre Signes et Mazaugues ; le grand cairn de la crête de l'Estret (massif des calanques de Cassis) ;
les Bidoufles de Siou Blanc ;
des bornes frontières, militaires, civiles et religieuses à Six Fours, Entrevaux, Hyères, La Londe les Maures ...
La borne du mur de la peste.
Terme de séparation, clapiers et bornes limite entre Ollioules, Evenos, Toulon et La Seyne sur Mer.
" Lorsqu'on se souvient des conceptions napoléoniennes concernant le cadastre, on n'est pas surpris de lire, au terme du Recueil méthodique de 1811 deux articles (1142 et 1143) qui vantent, parmi les avantages du cadastre, les deux suivants : « Il termine, il prévient pour l'avenir, une foule de contestations entre les propriétaires, sur les limites de leurs propriétés... Le cadastre peut et doit même nécessairement par la suite servir de titre en justice pour prouver la propriété... » " (Bulletin de l'Académie delphinale, 1942)

La borne milliaire romaine de la voie Aurelia au château Peiresc à Belgentier
(en bas à droite de l'image ci-dessous)

" Chaque route romaine était fondée sur une triple assise de pierre cimentée ; de larges fossés la bordaient ; de mille pas en mille pas des colonnes cylindriques hautes de six pieds sur deux de diamètre, avec une corniche arrondie, indiquaient la distance par une inscription où brillait le nom de César (nomen Coesareum nitet columnis, dit Sidonius) : ce furent les milliaires d'Auguste ; il y en a un encore derrière Notre-Dame-de-Liesse, dans un petit ravin. Plus tard, on doit reconnaître ceux de Tibère à leur forme raboteuse et carrée, et ceux de Claude et d'Antonin, à leur inscription gravée dans le cadre et entourée d'un rebord ; un d'eux porte le nom à demi effacé d'une légion, la IIe ou la XXe. " (L'Ecole buissonnière, Edouard Gibelin, 1885).
borne milliaire romaine var
" La voie aurélienne, construite ou mieux réparée par Aurélius Cotta, qui lui donna son nom, sortait de Rome par la porte du Janicule, serpentait en corniche jusqu'au Var, et ses étapes dans la Gaule transalpine étaient Antibes, Antipolis, — la Napoule, ad Horrea, — Fréjus, Forum Julii, Vidauban (ou le Luc ou le Cannet), Forum Voconii, — Cabasse(ou Campdumi), Matavonium,— Tourves, ad Turrem, — la Grande Pugère, Tegulata,— et Aix, Aquoe Sextioe. " (L'Ecole buissonnière, Edouard Gibelin, 1885).
borne milliaire romaine var Les bornes milliaires romaines marquaient les distances sur les voies romaines, ces distances étaient mesurées en milles romains (d'où leur nom "milliaire"), soit mille pas romains, ou environ 1480 mètres.

Le plus souvent en forme de colonne, elles rappelaient, outre la distance, la déférence due à empereur associé à la voie empruntée, à l'origine de sa construction ou sa rénovation.

La borne militaire du château Peiresc à Belgentier a été trouvée dans l'Estérel en 1628. Achetée par M. Peiresc, elle est d'abord transportée à Aix avant qu'il ne décide de l'installer à Belgentier où elle se trouve encore aujourd'hui. Erigée entre 317 et 337 sous le règne de Constantin, elle était implantée sur la via Aurelia qui reliait Rome à la Gaule et plus loin jusqu'à l'Espagne. Elle marquait le cinquième mille à l'Est de Fréjus. (source MM. Gascou et Janon, dues à l'obligeance du Centre archéologique du Var).

Elle comporte une inscription en latin gravée :
    D(omino) N(ostro)
    Flauio Claudio
    Constantino
    patre, auo, ma-
    ioribus im-
    p(eratoribus) nato, Cae-
    sari nob(ilissimo) sem-
    per orbi taer-
    (r)e profurato
    [ V ]

" A notre maître Flavius Claudius Constantin, issu d'un père, d'un aïeul et d'ancêtres empereurs, très noble César qui sera toujours salutaire à l'Univers. Cinq milles. "

Merci au propriétaire du château et à l'association "Les amis de Peiresc" qui contribuent à la réhabilitation de la mémoire de Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, "célèbre savant humaniste", né à Belgentier en 1580 et mort à Aix en 1637 - journée du patrimoine 2016.
borne milliaire romaine var

2 bornes romaines entre Vérignon et Ampus.

Plusieurs voies secondaires étaient rattachaient à la voie aurélienne ; c'était le cas de la voie romaine reliant Le Muy à Riez. " La plus importante, la seule d'ailleurs qui soit indiquée sur la Table de Peutinger, partait de Forum Voconii et conduisait à Riez, Reii Apollinares. Elle entrait à Draguignan par la porte Romaine, porta Romana, en sortait par la porte Aiguière, porta Aquaria, et franchissait ensuite la Nartubie, sur un pont appelé de tout temps « le pont des Romains » ... (L'Ecole buissonnière, Edouard Gibelin, 1885).

" ... il est bon de remarquer que les milliaires trouvés entre Bauduen et Ampus appartiennent soit à Auguste, soit à Antonin le Pieux (a. 145). Ils sont tous cylindriques et en calcaire. "
borne romaine verignon ampus
" On pénétrait en suite dans le pays montagneux des Verrucini, dont le village de Vérignon a conservé le nom. Puis venait Camp-Juel, Campus Julii ; à partir de ce point, des bornes milliaires, des vestiges de voie très apparents, et quelques inscriptions, ne laissent aucun doute sur le tracé. La route traversait la vallée du Verdon, l'un des principaux affluents de la Durance, et allait, après Riez, rejoindre la grande route d'Arles en Italie par les Alpes Cottiennes. "  (L'Ecole buissonnière, Edouard Gibelin, 1885).

Remarquez que l'IGN se sert
encore aujourd'hui de cette borne comme repère de "nivellement général" (incrustation circulaire au pied de la borne).

La borne milliaire de la chapelle Notre-Dame de Spéluque à Ampus (ou ND du Plan).

" La borne placée devant Notre-Dame du Plan (ndlr ND de Spéluque) à Ampus et posée le long du chemin, à 50 mètres environ, de cette chapelle. Cette borne a été trouvée, il y a une trentaine d'années, lors des réparations faites à l'intérieur de l'église. Ayant servi à soutenir un autel, on voit encore à droite de l'inscription les trous qui avaient permis le scellement dans le mur. C'est sans doute pour l'utiliser ainsi que cette pierre a été transportée loin de la voie, éloignée d'environ 3 kilomètres. La borne de Notre-Dame mesure 1m15 de hauteur sur 0m51 de diamètre-supérieur. Elle est en calcaire jurassique avec débris de coquilles et d'encrines, calcaire qui se trouve dans la région.

L'inscription est bien lisible sur la face actuellement exposée au nord. Nous avons lu :
IMP. CAESA
DIVI F. AUG VS
PONTIF.
COS XÏÏ DE
1 XIII I
TRIBVN
ampus borne romaine chapelle spleluque milliaire
... " Nous attribuons, sous toutes réserves, cette borne à Auguste. Elle devrait donc être lue :
Imp(erator) Caesa(r)
Divi f(ilius) Aug(ust)us
Pntif(ex) [maxumus]
Co(n)s(ul) XII, de(signat(us))
XIII I(mp(erator) XIIII)
Tribun(icia, potestaté XX). " (Bulletin de la Société d'études scientifiques et archéologiques de la ville de Draguignan, 1894).

Sur la face ouest, " La pierre porte une série de cupules dont neuf sont sur une ligne verticale qui semble limiter, l'inscription. Les autres sont placées moins régulièrement, comme on peut s'en rendre compte sur le croquis, partie sur une ligne parallèle à la précédente (quatre cupules) ... quelques autres si irrégulièrement disposées qu'on peut se demander si ce ne sont pas de simples accidents de la pierre. On a essayé d'expliquer ces cupules comme trous de scellement, mais leur petitesse, 0m05 à 0m07 de diamètre, sur une profondeur toujours moindre, écarte, nous, semble-t-il, cette hypothèse. Et puis, scellement de quoi ?

... quelle conclusion tirer de la présence de ces cupules ? Aucune ... en attendant que d'autres découvertes permettent aux chercheurs de l'avenir de formuler des explications et des règles sûres dont la genèse est à peine ébauchée aujourd'hui. " (Bulletin de la Société préhistorique de France - Deux mégalithes à cupules dans le département du Var. Commandant Laflotte, 28/03/1929).

La quille du Tillet au Mourre d'Agnis
pilier quille du tillet mourra signes mazaugues
La Quille du Tillet au Mourre d'Agnis entre Signes et Mazaugues. Pour bien comprendre l'utilité de cette étrange pyramide, voici un extrait de la brochure "Entre campagne et colline" téléchargeable sur le site de "La Provence Verte"  : "Au cœur de la "colline", les confronts entre deux ou plusieurs communes sont régulièrement matérialisés par des ouvrages bâtis. Des éléments remarquables de la nature tels qu'un rocher haut et isolé, un point d'eau ou un grand arbre ont pu remplir ces fonctions de témoins de limites. ...

Ces témoins sont le plus souvent complétés par des éléments construits : des bornes ou terme, des pierriers ou clapier et des oratoires. ... Les termes bâtis sont des piliers tronconiques ou prismatiques, d'une hauteur de 1m à 1,50m, construits en pierres sèches ou "à chaux et à sable". L'un des plus ostensibles est érigé sur le point culminant du massif d’Agnis (919m alt.). C'est la "Quille du Tillet", haute de 4,30m, percée de part en part par un regard qui permet de viser l'alignement de Signes et de Mazaugues. " ...

Grand cairn de la crête de l'Estret (massif des calanques de Cassis)
calanques

Les Bidoufles, clapiers ou bornes limite de Siou Blanc
Ceux qui ont vu les clapiers d'Ollioules auront fait le rapprochement. Il s'agit là aussi d'autres clapiers, bornes de limite communale datant du cadastre napoléonien. Leur positionnement géographique correspond sur la carte aux limites communales actuelles (entre Belgentier, Solliès et le Revest ...), juste, ou à quelques dizaines de mètres près.
bidoufle borne limite communale
 
bidoufle borne limite communale

Entre La Londe les Maures et Bormes les Mimosas


borne bormes les mimosas

bormes les mimosas borne

Bornes militaires et bornes frontières.
" Historique et législation. Les places de guerre ont donné naissance à une législation particulière qui, en certaines circonstances, peut affecter gravement la propriété des citoyens, et qui, en tout temps, soumet les propriétés voisines à des servitudes plus ou moins gênantes. — La plus ancienne disposition législative sur cette matière est l'ordonnance du 16 juillet 1670, qui défendit à qui que ce fût de faire édifier aucune maison dans les faubourgs des places frontières sans en avoir la permission du roi  — Différentes ordonnances des 9 déc. 1713, 25 juin 1750, 5 mai 1758,10 mars 1759, 1er mars 1768, 31 déc. 1776, eurent encore pour objet de régler ce qui était relatif aux places de guerre. — L'ordonnance de 1713 est celle à laquelle remonte en réalité l'établissement des servitudes militaires, et l'on verra qu'elle est encore souvent invoquée par le domaine militaire. "
borne militaire entrevaux
A Entrevaux, on trouve encore de nombreuses bornes polygonales ayant servi à la délimitation du domaine militaire du XIXème siècle. Numérotées, elles permettaient également le quadrillage du terrain.

Certaines d'entre elles ont été récupérées et placées au coin des rues pour écarter les roues des charrettes (photo de gauche ci-dessous).
entrevaux borne militaire    borne frontiere france italie
A droite, une borne frontière ayant servi à l'abornement de 1823 entre la France et le royaume de Piémont-Sardaigne. 77 bornes furent mises en place, dont 52 sous forme de petit monolithe comme celui de la photo. La borne numéro 1 est située au sommet du Rocher des trois Evêques dans la haute Tinée ; la borne 77 était au Pont de Saint Laurent du Var. Chaque borne porte d'un côté la croix de Savoie, de l'autre le lys de France. Sur la tranche est gravée l'année d'abornement et le numéro de la borne.
borne militaire var
A Six-Fours les Plages. C'est après mon passage à Entrevaux que je me suis rappelé cette image prise sous le fort de Six-Fours, cette borne délimitait sûrement le domaine militaire.
borne militaire provence var la seyne sur mer

Une autre borne militaire devant le fort Balaguier à La Seyne sur Mer.

__________________


" Les terrains militaires nationaux et extérieurs aux places et postes seront limités par des bornes, toutes les fois qu'ils ne se trouveront pas l'être déjà par des limites naturelles, telles que chemins,rivières ou canaux, etc. Dans le cas où le terrain militaire national ne s'étendrait pas à la distance de 20 toises de la crête des parapets des chemins couverts, les bornes qui devront en fixer l'étendue seront portées à cette distance de 20 toises, et les particuliers légitimes possesseurs seront indemnisés, aux frais du trésor public, de la perte du terrain qu'ils pourront éprouver par cette opération.

Dans les postes sans chemins couverts, les bornes qui fixeront l'étendue du terrain militaire national seront éloignées du parement extérieur de la clôture de 15 à 20 toises, suivant que cela sera jugé nécessaire. "

(Répertoire méthodique et alphabétique de législation, de doctrine et de jurisprudence en matière de droit civil, commercial, criminel, administratif, de droit des gens et de droit public : jurisprudence générale. Dalloz - 1845-1870)




La borne kilométrique de la Basse Verrerie, Le Cannet des Maures
le cannet des maures borne kilometrique basse verrerie
St Tropez 35 K ", jolie borne kilométrique sur l'ancienne route reliant Le Cannet des Maures à St Tropez, elle est située au centre du pont de la Basse Verrerie.
le cannet des maures borne kilometrique basse verrerie
Et ci-dessous en version moderne à Trigance.


borne départementale
En version grand format, borne départementale entre le Var et les Alpes de Haute Provence.
hyres borne
Borne de propriété religieuse ?


Après le militaire et le civil, le religieux à la collégiale St Paul d'Hyères.


La face antérieure de cette borne comporte un bas-relief représentant l'épée de Saint Paul et la clé de Saint pierre. Le revers de la borne présente également un bas-relief mais il est endommagé.

Cette borne remonte probablement au Moyen-Age. Il s'agit peut-être d'une borne délimitant le territoire de l'église Saint Paul et de l'église Saint Pierre, dont les vestiges sont encore visibles.
La borne du mur de la peste
La peste fut importée à Marseille le 25 mai 1720 par le Grand Saint Antoine, navire arrivant de Syrie et commandé par le capitaine Chataud. " Il avait perdu six hommes pendant la traversée ; la désinfection de ses marchandises causa la mort de quelques employés les passagers se dispersèrent. Bientôt après, en juillet, des symptômes suspects se déclarent dans un quartier populeux, les échevins font transporter les malades aux infirmeries l'affection se dissémina la peste se répandit dans Marseille. " (La défense de l'Europe contre la peste et la conférence de Venise de 1897 - Adrien Proust).

Le 25 septembre 1720 la peste atteint Apt, le 24 octobre elle est à Carpentras ...
mur de la peste 1720 Vaucluse
Entre Cabrières d'Avignon et Monieux dans le Lubéron, une borne rappelle la construction d'un mur devant protéger le Dauphiné de la peste réapparut en 1720 (épidémie que nous avions évoquée à l'occasion de l'inscription "Pesto 1721" gravée à l'entrée des gorges du Destel près d'Ollioules dans le Var). Le mur de cet autre cordon sanitaire mesurait 20 Km, bâti en pierre sèche, il était ponctué de guérites servant d'abri aux nombreux gardes, " la peste n'a jamais franchi ce mur gardé en permanence ".

Le personnage sur la borne, représente l' "Habit des médecins et autres personne qui visitent les pestiférés, il est de marroquin de Levant,  le masque a les yeux de cristal, et un long nez rempli de parfum ". Ce dessin est extrait du " Traité de la peste ", écrit en 1721 par le docteur Manget qui précise : " Cet habit n'est pas une chose de nouvelle invention et dont on ait commencé l'usage dans la dernière peste de Marseille ; il est de plus vieille date, et MM. les Italiens se sont servis d'un costume à peu près semblable depuis longues années. La robe est tout en maroquin du Levant, lequel est l'étoffe qui, à cause de son odeur et de son poil, est la plus capable de résister au venin pestilentiel. Le nez, en forme de bec, rempli de parfums et oint intérieurement de matières balsamiques, n'est percé que de deux trous, un de chaque côté ; mais cela peut suffire pour la respiration, et l'air que l'on respire ainsi n'arrive à l'odorat qu'imprégné du parfum des drogues renfermées dans le bec. Les ouvertures nécessaires pour la vue sont pratiquées sans danger au moyen de petites fenêtres fermées par du cristal.

Sous la robe, on porte ordinairement des bottines à peu près à la polonaise, faites de même en maroquin du Levant, des culottes de peau unie qui s'attachent aux dites bottines, et une chemisette aussi de peau unie ; enfin le chapeau et les gants sont également en maroquin. "

En 1986, l'association "Pierre sèche en Vaucluse" a entrepris une restauration de ce patrimoine, une belle occasion de randonner.


Ollioules et Toulon pas en très bon termes ! 1255, 1411, 1443, 1829 ...

Ce jeu de mot (terme signifiant borne) pour mieux comprendre la nécessité du bornage. Notre histoire commence en 1255, précisément le 18 novembre ...

" Un différend s'était élevé entre Gaufridet et ses frères, seigneurs de Toulon, d'une part, et Guillaume de Signes et d'Evenos, seigneur d'Ollioules, de l'autre, au sujet des limites de leurs territoires. La contestation fut soumise à l'arbitrage du seigneur Rostaing, évêque de Toulon, et, le 18 novembre 1255, le seigneur évoque, après avoir entendu et parfaitement compris ce que disaient les deux parties, ayant devant les yeux Dieu et la justice divisa les territoires de la manière suivante : le premier terme est placé au lieu connu sous le nom de Fournate, situé sur le chemin de Six-Fours et près des salines de Bertrand Baille : de ce point la limite du territoire de Toulon descend en ligne droite vers le défens de Raynaud - jusqu'au clapier sis entre le défens de Raynaud d'Ollioules et le Maganel, et là, le 2ème terme est posé, ou plutôt le clapier sert de terme ; de ce point la limite se dirige encore en droite ligne jusqu'au défens du chevalier Pierre Raynaud - de telle sorte que le 5ème terme est dans le dit défens sur le chemin d'Ollioules ; de là, la ligne se dirige jusqu'au Serre sur le cros de Borrel - où est le 4ème terme, et la limite ne s'arrête qu'à un certain rocher rouge où l'on a posé le 5ème terme. Celte division faite et prononcée au cros de Borrel fut approuvée, confirmée et homologuée par les parties. " On ne va pas en rester là ...

borne communale la seyne sur mer ollioules A gauche, ce terme de séparation entre Ollioules et Toulon date de 1443, il témoigne des litiges territoriaux qui existaient entre les deux villes.

Aujourd'hui dressé en centre ville (ndlr : à Ollioules, derrière l'église), il se situait autrefois dans le quartier de Châteauvallon. Il faisait partie d'une série de 15 termes, ou bornes, placées en 1443 pour délimiter le territoire d'Ollioules et de Toulon, suite à un arbitrage du roi René.

Le litige portait sur une particularité territoriale existant toujours : une petite portion de rivage sur la rade de Toulon, où se trouvait peut-être le port médiéval d'Ollioules, coincé entre les territoires de Toulon et de La Seyne sur Mer.

Je termine cette page avec l'histoire du litige évoqué ci-dessus, c'est un peu long mais "croustillant", sauf pour les 4 pêcheurs ...

_____________________________



L’olivier a donné son nom à la ville d'Ollioules, il figure donc naturellement sur ses armoiries.
" Au mois de décembre 1411, Louis II révoqua un privilège qu'il avait précédemment accordé aux habitants d'Ollioules, par lequel il les avait autorisés à construire, au quartier maritime de la Goubran, un quai avec débarcadère pour l'accostage des navires, où ils pouvaient embarquer et débarquer toutes les marchandises qu'il leur plairait. Les motifs que les habitants d'Ollioules avaient allégués pour obtenir ce privilège étaient : que le rivage de la mer dit la Goubran appartenait au territoire d'Ollioules, dont il était la limite sur la rade de Toulon ; que de toute antiquité leurs prédécesseurs avaient accoutumé de charger et décharger leurs marchandises dans ce lieu; que les habitants de Toulon avaient la prétention d'empêcher ceux d'Ollioules de se livrer paisiblement à leur commerce, en vertu d'un certain privilège qui portait qu'aucun vin ne pourrait être chargé ou déchargé « dans » le port de Toulon » à moins qu'il n'eût été récolté sur le territoire de cette ville; que ce n'était que par un abus criant qu'ils voulaient étendre ce privilège hors des limites des terres dé Toulon ; qu'un procès avait été soumis il y avait déjà longtemps à la juridiction compétente, lequel était encore pendant, et que néanmoins, sans attendre l'arrêt de la justice, les Toulonnais « vexaient indûment » ceux d'Ollioules, leur faisant souffrir de grands travaux » et dépenses avec grande iniquité ».
Photo de droite, le cadastre aujourd'hui, Ollioules est effectivement toujours bénéficiaire d'un territoire donnant sur la rade de Toulon.

Les habitants de Toulon n'avaient pas vu sans une vive irritation leurs voisins d'Ollioules établir à leur porte un transit de marchandises qui causait un préjudice considérable à leur commerce et annulait leur privilège du vin. Les syndics adressèrent une requête au roi, dans laquelle ils s'efforçaient de réduire à néant les raisons invoquées par leurs adversaires, qu'ils déclaraient fausses et mensongères.

Ils démontraient, en effet, que le rivage de la Goubran n'était pas contigu au terroir d'Ollioules, puisqu'il en était séparé par le chemin royal de Six-Fours ; que les habitants d'Ollioules n'avaient jamais embarqué ni débarqué des marchandises en ce lieu, « hors quelques-uns en vérité » qui, l'ayant témérairement entrepris, en furent sévèrement » punis dans les termes du droit et de la justice », qu'il était contre toute vérité de dire qu'ils étendaient l'application de leur privilège du vin au-delà des limites de leur territoire, vu que tout le circuit du port (de la rade) et les eaux de la mer faisaient partie de leur tènement et étaient, de notoriété publique, de fait et de droit, sous la juridiction de la cour royale de Toulon, devant laquelle étaient portées toutes les actions civiles ou criminelles dont cette mer et ce rivage étaient le théâtre ; que si le procès concernant les différends à ce sujet entre Toulon et Ollioules était encore sans solution, il fallait en accuser ceux d'Ollioules, qui le faisaient traîner en longueur en demandant et obtenant des renvois « contre les règles du droit et de la justice », que les habitants de Toulon ne faisaient souffrir aucun dommage à ceux d'Ollioules, si ce n'est en se défendant clans leur procès, « car ce faisant ils usaient du droit de nature, et » celui qui se sert de son droit ne fait injure à personne, » mais au contraire était-il vrai de dire que c'était ceux » d'Ollioules qui, par leur très inique méchanceté et haine » capitale, affligeaient la communauté de Toulon, » laquelle en défendant ses droits et libertés défendait en » même temps les droits de la cour du roi ». "
borne limite commune var la seyne ollioule
Si l'histoire de notre litige oppose les communes de Toulon et d'Ollioules, il fallait aussi marquer la limite entre Ollioules et La Seyne sur Mer. Vous pouvez ici revoir l'image cadastrale un peu plus haut car une des bornes qui délimitait les 2 communes est aujourd'hui exposée devant le fort Balaguier à La Seyne sur Mer. Elle se trouvait autrefois dans le quartier de Brégaillon, " près de la voie ferrée, devant la boutique proche de la sortie de la Pyrotechnie " (aujourd'hui rond point de la Pyrotechnie). " Cette borne diffère des autres car elle a été taillée dans du poudingue (une couche de poudingue affleure en face de la pyrotechnie) et son érosion est très avancée au niveau des armoiries. Celles-ci sont sur les deux faces ; d’un côté les trois tours, de l’autre la croix de Toulon surmontée de la fleur de Lys. " ... que vous pouvez voir  sur l'image. Source J-C Autran.

Sur le terme d'Ollioules, on distingue les armoiries simples de la ville Toulon, ville comtale, surmontées de la fleur de Lys du comte de Provence. Rappelez vous que la Provence était alors un Etat indépendant qui ne devint français qu'en 1481 (voir ICI).
Mais revenons à notre histoire ...

Retour à l'histoire. " Les syndics continuaient en faisant remarquer au roi que si les habitants d'Ollioules conservaient le privilège qu'ils avaient obtenu « subrepticement et sous fausses allégations », de construire un quai et un débarcadère à la Goubran et d'y trafiquer, c'était la ruine du commerce de Toulon, en vin, en huile et autres fruits, « d'autant que ceux d'Ollioules avaient déjà ce le port de Saint-Nazaire pour le trafic de leurs récoltes », et ils concluaient par la très humble prière de révoquer les lettres patentes de concession, les déclarer nulles et inefficaces et remettre toutes choses en leur premier état.

La requête des syndics eut un plein succès. Le roi, siégeant en son conseil, « de sa science certaine, de son propre mouvement et par pure justice, après informations et, ayant pesé mûrement les raisons alléguées par les deux parties, révoqua, cassa et annula le privilège obtenu indûment et subrepticement par ceux d'Ollioules, les déclarant dignes de punition.

Il commanda à tous et chacun de ses officiers de Toulon de faire arracher les pilotis qui avaient déjà été plantés pour la construction du débarcadère et de faire démolir les quais commencés dans et sur la mer de la Goubran, nonobstant toutes oppositions et appellations quelconques à ce contraires ; défendant au seigneur d'Ollioules, à tous et chacun particuliers du dit château, à peine de cent marcs d'argent fin et d'encourir son indignation, de charger ou décharger dorénavant au dit port de la Goubran aucun vin ou autres marchandises. Les lettres patentes concernant cette affaire furent données au château de Tarascon le 3 décembre 1411.
 
Mais la rancœur est tenace. En 1476, quatre pêcheurs d'Ollioules osèrent enfreindre le redoutable privilège et en furent cruellement punis. S'étant embarqués à La Goubran sur un petit bateau, ils péchèrent au Gangui, et ayant pris clans leur filet environ deux corbeilles de poissons, au lieu de les porter à Toulon pour en acquitter les droits ils les débarquèrent sur la plage, les chargèrent sur le dos d'un âne et se dirigèrent vers Ollioules pour les vendre. Le malheur fut qu'à peine en chemin ils rencontrèrent noble Jean Ricavi, bailli et capitaine châtelain de Toulon, qui revenait à pied de son champ, accompagné d'un domestique. Le seigneur bailli les arrêta incontinent et les conduisit prisonniers jusqu'à Toulon, poussant devant lui l'âne portant le corps du délit. Le 3 avril les coupables comparurent devant Georges de Piosin, bachelier en droit et juge de la cour royale, assisté du seigneur bailli, qui paraît avoir rempli dans cette circonstance les fonctions d'accusateur public.

Les quatre accusés avouèrent tout : non seulement le délit qu'on leur reprochait, mais encore la connaissance parfaite qu'ils avaient du privilège de la ville, et refusèrent les dix jours que le juge leur donnait « pour » alléguer les raisons propres à les décharger », réclamant comme une grâce d'être absous ou condamnés séance tenante et s'en remettant toutefois à la miséricorde de leur juge. Tant de sincérité n'attendrit pas le juge, qui les frappa chacun d'une amende de cent sols couronnés au profit de la cour royale de Toulon et à la prison jusqu'à parfait paiement, ainsi qu'à la confiscation de la barque, du filet et de l'âne. Cette sentence rigoureuse fut publiquement prononcée sur la place du Palais, aujourd'hui place aux Huiles, le juge étant assis sur un banc de pierre qu'il avait choisi pour son tribunal. " (Histoire de Toulon - Dr Gustave Lambert - 1886-1892 ).

Entre Ollioules et Evenos : les clapiers limite d'Ollioules, cadastre de 1829.

Cette borne limite témoigne de la création du cadastre napoléonien. Début XIX et pour la première fois, un plan de toutes les communes est dressé, toutes les parcelles de terre sont alors numérotées. En 2004, l'association des chemins du patrimoine restaure les bornes limites entre les communes d'Ollioules et d'Evenos. Plusieurs clapiers, gros mur de pierres sèches en angle obtus, de 4 à 5 mètres de longueur, de 1,50 mètre de hauteur sont alors reconstitués. (Extrait de Randomania).
clapier limite borne ollioules


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