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Chemin privé !
Le château de Tourves, le mausolée de la famille de Valbelle
" Un château que les bourgeois de la contrée n'en prononçait le nom qu'en rougissant "

Ballade initiatique dans l'esprit des fabriques

Joseph-Alphonse-Omer de Valbelle, comte ... " Ce jeune officier, d'un grand nom et d'une rare beauté, mêlait aux grâces brillantes d'un courtisan une âme efféminée, un esprit frivole, et les goûts magnifiques d'un grand seigneur. ... Devenu, par la mort de son frère aîné, le chef de sa famille et possesseur d'une immense fortune, il retourna en Provence, où, dégagé des conseils de son amie, il afficha une dissolution effrénée. Son superbe château de Tourves fut un théâtre si fameux de faste, de corruption et de galanterie, que les bourgeois de la contrée n'en prononçaient le nom qu'en rougissant. Mais, à Paris, où tout se peint en beau, on publiait que ces orgies et ces fêtes, si mortelles aux bonnes mœurs, n'étaient que les simples jeux d'un troubadour opulent et spirituel, jaloux de restituer à la terre galante des Provençaux l'ancienne institution des cours d'amour. " (Musée des variétés littéraires - Volume 4 - 1824).
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" La famille de Valbelle est aujourd'hui des plus considérable en Provence, par les évêques, comtes, présidents à mortier, conseillers au parlement, capitaines de cavalerie, officiers dans les armées, chevaliers et commandeurs de l'ordre de Malte, qui sont en place. Elle s'est fait une généalogie et une descendance telle qu'elle conviendrait au rang qu'elle tient aujourd'hui. " (Critique - Les maintenues de noblesse en Provence par Belleguise (1667-1669) - Tome III - Baron Du Roure - 1923).
chateau tourves omer de valbelle
La première mention du château date de 1002 (dans le cartulaire de l’abbaye de Saint-André, le juge Heldebert donne la moitié de Tourves au monastère tout en se réservant le château). Une coseigneurie à Tourves s’établira dans les siècles suivants se traduisant par l’érection de trois castra ; la seigneurie majeure des lieux sera attribuée en 1350 à Raymond des Baux, puis après sa mort aux d’Arcussia en 1375, en 1518 aux Vintimille avec le mariage de Gaspard de Marseille avec Anne d’Arcussia, en 1650 aux Valbelle avec le mariage de Marguerite de Vintimille.
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Côté face : une double colonnade prolongée par sept loges qui au premier étage surmontaient un portique d’ordre dorique. Ces portiques seront le symbole du pouvoir républicain après la Révolution.
" Si l'on voulait, écrivait-on, donner aux étrangers l'idée d'un français aimable, c'est le Comte de Valbelle qu'il faudrait leur présenter ; il racontait avec agrément, plaisantait avec finesse, toujours sans fiel, et se prétait avec grâce aux représailles légères dont il pouvait être l'objet.


Diverses circonstances, mal interprétées par les ennemis de l'ancien régime, ont aidé à créer la légende populaire qui a fait, du château de Tourves, une sorte de parc aux cerfs, et, du comte de Valbelle, le plus raffiné des débauchés du XVIIIe siècle. " (Un grand seigneur au XVIIIème siècle, le comte de Valbelle - Octave Teissier - 1890).
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Côté pile. Au XVIIIème siècle le château comprenait une soixantaine de pièces. L’œuvre d’Omer de Valbelle qui passait tous les ans six à sept mois à Tourves, va se concentrer sur l’aménagement des parcs et la création de nombreuses fabriques.
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" Les ruines du château médiéval. Le château de Tourves, situé sur une éminence et détruit pendant la Révolution, présente des ruines d'un aspect majestueux. C'était une des demeures féodales les plus belles et les plus somptueuses de la Provence. La magnificence éclairée par beaucoup de goût du comte de Valbelle, membre de l'académie française, mort à Paris en 1778, en avait fait le temple des plaisirs et des arts. Des statues et d'autres objets d'art d'un travail précieux, provenant de ce château, ornent aujourd'hui plusieurs édifices publics du département. " (Statistique du département du Var - N. Noyon - 1846).
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" L'ameublement était du meilleur goût : tentures des Gobelins, tapis de Turquie, glaces encadrées dans des trumeaux éblouissants, cheminées en beau marbre sculpté, meubles en marqueterie, lits de parade d'un prix inestimable, le tout rehaussé par les toilettes et les parures des nombreux invités qui ne cessaient de se renouveler. Une belle salle de spectacle de douze mètres de façade, sur vingt-cinq mètres de profondeur, ajoutait aux agréments de ces réunions devenues célèbres et que Mirabeau comparait à une Cour d'amour. " (Un grand seigneur au XVIIIème siècle, le comte de Valbelle - Octave teissier - 1890).
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Exercice d'imagiation un peu compliqué : le parc de Néron, le parc d’Auguste et le Grand Parc !
A la fin du XVIIIème siècle les parcs à fabrique ou jardins anglo-chinois systématise la construction de petits édifices décoratifs à vocation philosophique appelés fabriques. Ces constructions imitent souvent des ruines, certaines sont également utilitaires : glacières, habitations, métairies, laiteries ... L'ensemble a pour but d'éveiller les sentiments, ménager des surprises, constituer des cheminements de réflexion autour deparcours initiatiques.

C'est dans cet esprit qu'Omer de Valbelle fit aménager trois grands parcs et de nombreuses fabriques : colonnade, obélisque, laiterie, pyramide ainsi qu’un nombre important d’autres aménagements marquant ici la rencontre de l’esprit philosophique et des privilèges.

" Le comte Joseph-Alphonse-Omer de Valbelle fut un de ces grands seigneurs, il avait fait de son château, situé à Tourves, près de Brignoles et non loin de la ville d'Aix, un séjour enchanteur. Les plus célèbres artistes du XVIIIe siècle avaient concouru, par leurs œuvres, à embellir cette splendide résidence ; des statues gracieuses, finement exécutées étaient répandues dans le parc et les jardins ; partout, dans les appartements, on admirait des toiles que l'on couvrirait d'or aujourd'hui. " (Un grand seigneur au XVIIIème siècle, le comte de Valbelle - Octave teissier - 1890).
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Ci-dessus l'entrée du parc Auguste. A la fin du XIXème siècle, ce parc possédait encore ses murs, ses arbres et ses sentiers. Il avait pour ornement une grande urne en pierre placée avec son piédestal sur la partie la plus éloignée du parc. Cette urne est aujourd’hui réemployée sur la fontaine de la place de la mairie.

Le Grand Parc possédait lui différentes statues : Cupidon, un sacrifice païen, l'Oracle, une statue dormante, une d'Hébé, Hercule de Némée, homme portant un enfant, deux lionnes sur piédestal ...
Trois grands sentiers parallèles parcouraient la colline d’Est en Ouest et permettaient de découvrir un pagode chinoise, une statue du dieu Mars armé d’une longue pique et d’un bouclier, des arbustes de toutes espèces et des arbres de hautes futaies superbes, une armure ancienne était suspendue à un arbre ... Le comte avait fait construire un escalier dans le tronc d’un chêne séculaire et y avait établi un salon pour jouer aux cartes.

Les écuries ou "étableries"
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En face de l'entrée du parc d'Auguste, les écuries ou « étableries ». Seule la façade nord subsiste dans son ensemble alors que le reste du bâtiment en ruines est constitué de murs sans appareillage imposant. Le bâtiment donne à voir un ensemble monumental à trois nefs dont le mur d’honneur est en grand appareil qui ressemblent aux dessins d’architectes néo-classiques. Révélant une extraordinaire maîtrise architecturale, ces écuries « égyptiennes » traduisent un goût décidé pour l’Orient grec.

L'obélisque du château de Tourves
obelisque chateau tourves
L'obélisque mesure 24 mètres de haut et on peut lire sur la plaque qui fait face aux colonnes : " Monument de reconnaissance et de piété filiale élevé en 1772 par Joseph Alphonse Omer de Valbelle le Meracues à la mémoire de Cosme Maximilien Joseph Louis de Valbelle Tourves son aïeul maternel. "

Une seconde inscription sur la base mentionne : " Conserve ma devise, elle est chère à mon coeur. Les mots sont sacrés, c'est l'amour et l'honneur."

La pyramide du château de Tourves
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Elevée tel un mausolée dynastique en l'honneur des aïeux, la pyramide à l'extrémité ouest de château est un symbole funéraire d'inspiration égyptienne. Bâtie sur le modèle de la pyramide Sextius à Rome, dans des proportions plus modestes, son parement externe a malheureusement disparu.
pyramide chateau tourves omer de valbelle
L'intérieur de la pyramide montre le soin apporté à la taille des pierres et une niche qui abritait une statue de marbre blanc. Cette oeuvre fut déplacée et se trouvait dans un jardin brignolais au début du XXème siècle (photo du centre). La photo de droite est un montage, je souhaitais ici redonner de la matière à cette histoire.

La laiterie du château de Tourves
laiterie chateau tourves
L'ancienne laiterie et ancienne chapelle du château, aujourd'hui propriété privée.

Couverte initialement d’une toiture en plomb, c’était un modèle réduit de l’élevage intensif à l’anglaise : box alignés pour la traite, surface de travail en marbre pour faciliter le nettoyage … (étable indépendante communiquant avec la pièce à traire et salle voûtée en briques pour entreposer le lait). Mais, il n’est pas que cela …

Ce bâtiment a été conçu au XVIIIe siècle pour laisser apparaître dans son architecture les éléments de trois édifices :
- à l'extême gauche, une église avec ciborium adossé, peut-être en provenance de l’église de Saint-Sauveur sur l’esplanade, rasée par Omer de Valbelle ;
- au centre, des ruines romaines ;
- enfin, sur la droite, deux percements à l'antique formaient l'entrée de l'étable surmontée d'un grenier à foin.
Photo de gauche, le ciborium adossé à l'ancienne chapelle. A droite, la Croix du Grand Pardon côtoie l'obélisque du château de Tourves.

" Le Président de la République française ; Sur le rapport du ministre de l'instruction publique et des beaux-arts, Vu les avis émis par la commission des monuments historiques, les 25 juin 1921 et 3 mars 1922, tendant au classement parmi les monuments historiques de la tourelle quinzième siècle, avec la construction circulaire attenante, comprises dans le bâtiment de ferme dit « la Vacherie », à Tourves (Var) ; Vu les lettres en date des 20 septembre 1921 et 11 janvier 1922, par lesquelles M. Louis-Vincent Moulle, propriétaire dudit monument, refuse de consentir au clasement ; Vu les autres pièces produites et jointes au dossier ; Vu la loi du 31 décembre 1913 et notamment l'article 5 ; La section de l'intérieur, de l'instruction publique et des beaux-arts du conseil d'Etat entendue, Décrète : Art. 1er. — La tourelle quinzième siècle avec la construction circulaire attenant et une tranche d'un mètre cinquante de mur de chaque côté, comprises dans le bâtiment de ferme dit « la Vacherie », à Tourves (Var), sont classées parmi les monuments historiques. Art. 2. — Le ministre de l'instruction publique et des beaux-arts est chargé de l'exécution du présent décret. Fait à Paris, le 21 décembre 1922. A. Millerand. " (Journal officiel de la République Française - Lois et Décrets - 30 décembre 1922).

La croix du grand Pardon, l'église Saint Maurice, chapelle Saint-Estève (ou Saint-Etienne), le pigeonnier.
chateau tourves omer de valbelle
Sur la plaque : " Croix érigée en 2006 par le conseil municipal en remplacement de la croix du Grand Pardon de 1837 ". A droite de celle-ci, on aperçoit une statue située sur un rocher émergeant à l’extrémité occidentale de la colline du château, datant de 1867, c'est celle de l'église Saint Maurice.
chateau tourves omer de valbelle
L’église de Saint-Maurice
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L’église de Saint-Maurice se trouve au cœur du village de Tourves et semble être la première église paroissiale du village qui se verra supplantée par Saint-Etienne (Saint-Estève) en 1019. Plusieurs fois agrandie au cours des siècles, on y trouve le cimetière des Pénitents noirs ainsi qu'un cimetière communal utilisé jusqu'à la fin du XIXème siècle. Saint-Maurice est un lieu de calme au charme particulier.

Nous sommes ici à l'emplacement présumé du portail d’entrée du château. Au sud ouest, vue sur Saint-Estève ou Saint-Etienne, site occupé depuis la Préhistoire et l’Antiquité. Deux chapelles accolées sont visibles ; consacrée en 1019 et transmise aux moines de Saint-Victor, l’église de Saint-Etienne deviendra en cette occasion église paroissiale avant d’être supplantée par Saint-Sauveur sur le site du château.
chateau tourves
Le pigeonnier du château est aujourd’hui transformé en habitation. On le retrouve ci-dessous à droite de l'image ...
chateau tourves Le pigeonnier fut au XXe siècle le lieu d’arrivée des câbles aériens transportant la bauxite en provenance des mines de Mazaugues vers la gare de Tourves pour une expédition ferroviaire.

Profitez de votre balade au château pour visiter le très intéressant musée des Gueules Rouges.


chateau tourves

" Maintenant, c'est la réalité qui passionne notre curiosité. "
LE MAUSOLEE DE LA FAMILLE DE VALBELLE
" Dans l'église avec les magnificences des mausolées des Valbelle — (peut-être bien à l'encontre des règles liturgiques) — le sanctuaire avait revêtu une splendide décoration de marbre ; symbole en quelque sorte de la prospérité de la Maison. " (Provincia, Tome XVII - 1937).

Je lis partout des histoires parcellaires et comme pour le septième oratoire de la Sainte Baume m'interroge sur l'ensemble. Donc, un mausolée appartenant à la famille de Valbelle - et pas uniquement Omer - situé dans l'église Saint Sulpice du monastère de Montrieux, un buste d'Omer, quatre statues en marbre représentant des femmes : une à La Sainte Baume, une à Draguignan, une à Fréjus et une à Toulon et deux génies pleureurs ...

Mais revenons au comte Omer de valbelle, " La mort l'enleva à Paris le 18 octobre 1778, dans un âge ou il pouvait espérer encore une longue vie. Il n'était agé que de quarante-neuf ans. Son corps fut transporté en Provence et inhumé dans l'église Saint Sulpice du monastère des Chartreux de Montrieux (photos ci-dessous) où on lui a élevé un mausolée. L'amitié fit ses délices et la bienfaisance son occupation unique. " (Essai sur l'histoire de Provence, suivi d'une notice des Provençaux célèbres - Charles-François Bouche - 1785).

monastere montrieux valbelle
" Ayant imploré la miséricorde divine, Valbelle lègue six mille livres aux Chartreux de Montrieux « dont Guillaume Bertrand et autres du nom de Valbelle, des vicomtes de Valbelle, ses ancêtres, furent les premiers bienfaiteurs dès le XIIe siècle ». Il prie ces religieux de recevoir son corps et il veut que vingt mille livres soient employées à la construction de son mausolée. C'est la suprème satisfaction qu'il donne à son amour du faste et de la sculpture. "
église saint Sulpice monastère chartreux Montrieux mausole valbelle
L'église Saint Sulpice du monastère des Chartreux de Montrieux et ci-dessous, un dessin du Mausolée Valbelle à la Chartreuse de Montrieux - daté de 1732 - dessins d'Antoine Duparc (1675?-1755), membre du cabinet d'architecture Robert de Cotte, architecte français. Son cabinet contribua notamment à l’édification ou à la modification du palais du Trianon, du château de Versailles, du dôme des Invalides, du palais Bourbon, ou encore de la Samaritaine ... Le nom inscrit est celui de Cosme Alphonse de valbelle, "décédé le 20 avril 1732", il était le fils de Léon de Valbelle ( - 1691), était sous-lieutenant des gendarmes de la garde du Roi, brigadier de ses armées, commandeur de l'ordre royal militaire de St Louis, mort sans alliance en 1732, a eu pour héritier son cousin André-Geoffroi de Valbelle.
mausolee comte de Valbelle monastere chartreux de montrieux Le dessin a été fait à l'encre de Chine noire. Il s'agit d'un plan/dessin "rendant hommage à Cosme-Alphonse de Valbelle, marquis de Montfuron (1691-1732), qui s'était illustré pendant le siège de Toulon. Il avait hérité de ses deux oncles Cosme III et Louis-Alphonse évêque de Saint-Omer.
Lorsqu'il mourut, son coeur comme celui de son oncle Cosme, fut placé dans une urne derrière le maître-autel, tandis que le sculpteur provençal Antoine Duparc enrichissait le mausolée de la famille, qui allait être transformé une ultime fois par Omer de Valbelle, avant d'être démonté durant la Révolution ... " (Sources : BNF et Fonds Robert de Cotte).

Le 25 juillet 1643, Ant. de Valbelle, fait un don de 3000 livres au monastère pour la chapelle du Chapitre et une sépulture pour lui et sa famille.

                    
Est inscrit : " Ci-gît, très haut très puissant Seigneur Messire Cosme Alphonse de Valbelle, chevalier marquis de Montfuron, de Brisieux, comte de Ribiens, Baron D'Launes, de Berzin, Sgr de Serre, Pomets, Lhoille, Barrets, Sallerans, St Simon, Maruans, Chatenay, St Pierre. Capitaine sous lieutenant des gendarmes de la garde ordinaire du Roy, Brigadier de ses armées Commandeur de l'Ordre Royal Militaire de St Louis vu des quatre Premiers, barons du Dauphiné, Bailly des montagnes sud, Pays conseiller du Roy lutous ses conseils, Grand Sénéchal de Marseille, décédé le 20 avril 1732, agé de 40 ans. "
mausolee valbelle

" Nous en connaissons l'aspect et la composition, grâce à un dessin annoté de la main de la marquise de Valbelle, dessin qui concorde avec la description de l'inventaire dressé pendant la Révolution quatre statues de femmes décoraient le monument, deux debout, deux assises et accoudées sur le tombeau. Un motif formé de deux petits génies pleureurs, gardiens de l'urne funéraire, couronnaient le monument. " (En flanant à travers la France" - par André Hallays - 1912)
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Dans un article sur la restauration de la statue offerte à Fréjus (www.ville-frejus.fr), la mairie diffuse cette autre image représentant le mausolée du comte Joseph-Alphonse-Omer de Valbelle : deux statues représentant des femmes allongées, deux debout, un buste ...

Et comme c'est toujours la réalité qui passionne notre curiosité, il est temps de (re)-découvrir les statues ...

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LES STATUES DU MAUSOLEE, LE BUSTE ET LES DEUX ANGES PLEUREURS
" représentant Mlle Clairon, de la Comédie française, Mlle Gaymard, danseuse de l'Opéra, et deux autres artistes (dont une soubrette de la Comédie française) d'une resplendissante beauté qui, toutes, lui avaient prodigué les preuves d'une tendresse passionnée " (Octave Tessier).

Extrait de "En flanant à travers la France" - par André Hallays - 1912 : " Une légende absurde, mais tenace s'est propagée dans la Provence au sujet du mausolée du comte Valbelle. Voici ce conte :

Rêvant de reposer après sa mort, parmi les images des femmes qu'il avait le plus aimées, Valbelle pria Houdon d'exécuter quatre statues de marbre représentant la tragédienne Clairon, la danseuse Guimard et deux autres personnes auxquelles il avait prodigué les preuves de sa tendresse. Puis il invita les quatre dames à venir passer quelques semaines dans son château de Tourves. Il leur donna toutes sortes de fêtes et, un jour, offrit à la compagnie le divertissement d'une excursion chez les Chartreux de Montrieux. On pénétra dans la chapelle, et quelle fut la surprise des jeunes femmes, quand elles virent leurs propres statues groupées autour d'un tombeau, et, dans le sépulcre ouvert, le comte qui, par plaisanterie, s'y était étendu en contrefaisant le mort Elles s'enfuirent en poussant des grands cris de terreur et de colère. Quant à Valbelle, on le-trouva quelques instants plus tard, toujours couché au fond de son mausolée il était mort.

Cette histoire macabre, sortie tout entière de l'imagination d'un journaliste de 1822, a été vingt fois répétée. Lorsqu'une des statues du monument de Valbelle fut portée à la Sainte-Baume et offerte à la vénération des pèlerins comme une image de la Madeleine, on prétendit que cette sculpture était le portrait de la "Clairon". Lacordaire lui-même l'a cru « Des marbres sans gloire forment, dit-il, la chapelle de la sainte, et, derrière son autel, sur cette roche mystérieuse où se passaient ses veilles et ses extases, repose à demi, couchée, une statue profane, indigne au premier chef de la majesté du lieu dont elle contriste tous les souvenirs. » M. Octave Teissier a démontré par dix excellentes raisons que toute cette légende ne tient pas debout. Valbelle est mort à Paris. A cette époque, la Clairon était depuis cinq ans à Anspach. Le mausolée a été exécuté, après la mort du comte, par les soins de sa mère. On peut d'ailleurs rapprocher de la statue de la Sainte-Baume les portraits de Mlle Clairon point de ressemblance. "
statue mausolee comte de valbelle
1. A LA SAINTE BAUME. Vous la reconnaissez ...Autrefois " L'Espérance ", aujourd'hui : " Le rocher de la Pénitence " représentant Marie Madeleine dans la grotte de la Sainte Baume à Nans les Pins. On a prit soin " de l'asseoir sur un rocher pour rendre la métamorphose plus vraisemblable. " On aima croire qu'il s'agissait de Mademoiselle Clairon (ci-dessous) ...
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Mademoiselle Clairon ou les amours tumultueuses du comte Omer de Valbelle.
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« Elle traça avec autant de vérité que de modestie les règles de l’art dramatique dont elle sera à jamais le modèle » (épitaphe). Claire-Josèphe-Hippolyte Léris de La Tude (1723-1803), actrice de la Comédie française, dite Mademoiselle Clairon (1723 - 1803), actrice du Théâtre français.

Mademoiselle Clairon habitant alors à Anspach, écrit au comte de Valbelle le 10 février 1774.

Cette lettre est la seule qu'on ait pu retrouver de plus de quinze cents, écrites au comte de Val ... pendant l'espace de vingt ans : elle peut donner l'idée et peut-être l'excuse des sentiments que je me permettais. ... "

Extrait : " Née pour les passions consolantes et douces, je n'ai jamais conçu comment on pouvait haïr, et s'il vous restait le plus léger souvenir de mon caractère et des sentimens que vous m'inspiriez, vous seriez sûr que je ne commencerais pas par vous. Vous m'avez fait une nécessité de cesser de vous aimer ; et, contre mon espérance, j'en suis venue à bout. Vous avez tout fait aussi pour ne laisser au cœur le plus tendre qui fût jamais, que le pénible choix de l'indignation ou de l'indifférence ; mais je n'ai pu ni voulu renoncer à vous chérir. Malgré vous, je vous ai conservé l'amitié la plus vive et la plus désintéressée : c'est elle en ce moment qui m'ordonne de vous faire réponse. Puisque vous êtes dans l'affliction, vous devez me retrouver. " (Mémoires de Mlle Clairon, écrits par elle même, ... le tout accompagné de notes contenant des faits curieux et des observations utiles - 1822). "

statue mausolee comte de valbelle
2. A DRAGUIGNAN : "La Force" aujoud'hui au musée municipal d'Art et d'histoire de Draguignan. La balance rappelle que la statue fut un temps exposée au tribunal de la ville avant de rejoindre le musée. " Le tribunal civil de Draguignan manquait d'une statue, on lui donna "la Force" dont on fit "une Justice", et afin que personne ne s'y trompât, le restaurateur accouda cette allégorie sur un petit autel carré où il posa deux livres, et sculpta en bas-relief un œil et une main qui tient des balances ; il profita aussi de l'occasion pour "embellir" l'œuvre originale et la rendre plus déconative en lui adjoignant une grande draperie flottante. " Le glaive également ...


3. A FREJUS. "Une Sainte Monique", mère désolée qui pleurait les erreurs de jeunesse de son fils. Après s'être "promenée" dans la ville (place de l'hôtel de ville, Porte des Gaulles, Villa Marie, office du tourisme ...), déguisée en "Vestale" ou encore "La Pleureuse", la statue est désormais exposée à la Villa Aurélienne. " Comme elle était destinée à la décoration d'une fontaine publique , le restaurateur lui mit sous le bras une sorte de cruche d'où jaillit un filet d'eau et elle n'a point, dans cette fonction nouvelle, perdu toute sa grâce. " Amputée d'une main ? Celle de la vignette semblait déjà avoir été ajoutée.

4. A TOULON au musée des Arts. "La Provence" resta "La Provence" et s'en fut à Toulon où elle subit quelques avaries ; on l'installa d'abord sur une fontaine, dans la rue des Pucelles, mais la place était mal choisie cette charmante Provence lève l'index de la main gauche et semble exprimer par ce geste "qu'il n'y en a qu'une et qu'elle est celle-là", cette attitude indigna les jeunes Toulonnaises qui à coup de pierre cassèrent l'index désobligeant. L'outrecuidante allégorie fut alors reléguée dans un jardin public. Maintenant elle est au musée. (En flanant à travers la France - par André Hallays - 1912).

A droite, la statue qui a remplacé La Provence sur l'ancienne Place Fontaine des Pucelles à Toulon.

" Maintenant elle est au musée " ... L'information a plus d'un siècle ! Peut-être du côté du musée des arts ...

Au musée des arts, une seule statue représentant un femme mais pas d'indication et personne ne sachant son origine. Cette statue porte une couronne, mais son index ne pointe rien ! Je fais quand même une photo ...

place de Pucelles Toulon
En examinant la photo, un détail m'interpelle ...

... le blason de l'ancienne province de Provence.


Confirmation par Octave Teissier qui écrivait en 1890 " Les chartreux effarouchés sans doute par l'aspect plus mondain que religieux de ces pleureuses, convenablement drapées, il est vrai, mais dont l'attitude n'était pas celle de la prière, demandèrent au sculpteur Fossaty d'en modifier le caractère général en ajoutant, à chacune d'elles, un attribut plus en rapport avec le monument qu'elles décoraient. La première statue, qui était debout, reçut une couronne, et l'urne sur laquelle elle s'appuyait prit la forme d'un écusson aux armes de Provence ; cette statue représenta dès lors la Provence pleurant un de ses enfants les plus distingués. "
staute mausolee valbelle Voilà donc notre quatrième statue ...


    ... avec son nouvel index !


" M. Teissier soutient avec beaucoup de vraisemblance que les deux statues assises sont de Christophe Fossaty, sculpteur marseillais ; les deux autres paraissent d'une autre main plus délicate et plus habile ; on a prononcé le nom de Chastel, l'attribution est plausible ... "
5. LE BUSTE. A gauche, le buste d'Omer de Valbelle, en marbre, exécuté par Jean- Antoine Houdon exposé au musée municipal des Arts et d'Histoire de Draguignan.

Le buste avait été enlevé de Montrieux pendant la Révolution. Il fut découvert, en 1811 par un sculpteur italien dans un moulin à huile, aux environs de Brignoles comme il était par terre, la face tournée vers le sol et servait de siège au meunier, il avait une écornure au bout du nez (il l'a toujours !). On l'abrita dans le musée de Draguignan."
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Un autre buste en marbre à l'Académie Française : " ... M. de Valbelle fit à l'Académie française le fonds d'un prix annuel pour l'encouragement des gens de lettres, et qu'à ce noble réveil on reconnut l'ancien ami de Mademoiselle Clairon, et tout ce qu'elle avait pu semer de littéraire dans un cœur aussi léger. " (Musée des variétés littéraires - Volume 4 - 1824).

" Le buste seul était de Houdon. Il avait été exécuté pour être placé dans la salle des assemblées de l'Académie française, en souvenir du legs que Valbelle avait fait à la Compagnie. On le mit sous les yeux du public le jour où d'Alembert lut l'éloge du bienfaiteur, et M. de Genlis, qui assistait à cette séance, rapporte que « le buste fut plus applaudi que l'éloge » " (En flanant à travers la France" - par André Hallays - 1912).

On pouvait lire au bas de la sculpture : " Joseph-Alpbonse-Omer, comte de valbelle, bienfaiteur des lettres. " (Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des lettres en France - Louis Petit de Bachaumont, 1780).

Enfin, un autre buste, en plâtre, est exposé au château de Versailles, et en 2016, les maisons Brissoneau et Sothebys, proposaient chacune un buste en plâtre à la vente, estimé respectivement entre 6.000 et 8.000€ et entre 12.000 et 18.000€.
" Vendues en 1790, les statues du mausolée demeurèrent néanmoins jusqu'en 1822 dans l'église ruinée du couvent de Montrieux. A cette époque, elles furent rachetées par le préfet du Var, qui, après les avoir fait restaurer, les envoya dans les divers arrondissements de son département. "

Au cours de l'année 1844, les Chartreux entreprirent la reconstruction de leur monastère sur les anciens plans. Ils enlevèrent du choeur de l'église les derniers vestiges existants encore du mausolée de Valbelle. C'est ainsi que le cénotaphe de marbre noir qui avait renfermé le corps du marquis, fut apporté et encastré dans le mur intérieur de la chapelle des Reliques. " (Provincia, Tome XVII - 1937).
                    
" C'est ainsi que les Dominicains de la Sainte-Baume, les Dracénois, les Toulonnais et les Forojuliens se sont partagés les débris du mausolée de Valbelle, et que, pour reconstituer aujourd'hui ce monument, un des plus beaux et des plus célèbres de la Provence du XVIIIe siècle, il faut parcourir tout un département. "

Fin du conte ? Presque, car il manque encore les deux anges pleureurs lontemps installés dans l'église paroissiale de Méounes :  "Viennent également de la chartreuse ... les deux anges pleureurs suspendus de chaque coté de l'autel du purgatoire et qui primitivement ornaient le tombeau du dernier marquis de Valbelle, érigé dans la chapelle des moines carthusiens." (Histoire de Méounes - Abbé Saglietto - 1936). Ils ont malheureusement disparu, probablement volés. Une habitante de Méounes, installée dans le village depuis 1990 ne les a jamais connus. Je laisse ici une photo, un receleur qui s'ignore ou un voleur repenti retrouvera peut-être le chemin de la raison.

ange pleureur mausolee valbelle meounes

Joseph-Alphonse-Omer de Valbelle, comte de Valbelle d'Oraison, de Sainte-Tulle et de Ribiers, marquis de Tourves, Rians, Montfuron et Bressiure, vicomte de Cadenet, baron du Dauphiné, de Saint-Symphorien et de Meyrargues, seigneur de Cadarache, Rougiers, Venelles, Peyrolles, Mousteyret, Levens, Le Revest, Cucuron et autres lieux, nommé maître-de-camp du régiment de Berry-Cavalerie en 1749, maréchal de camp en 1762, lieutenant- général de Provence et maréchal des camps et armées du Roi.

Il était né à Aix, le 19 juin 1729, fils d'André-Geffroy de Valbelle, enseigne des gendarmes de la garde, et de Marguerite-Delphine de Valbelle.
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Vous lirez un peu plus bas : " On voudrait par un jeu d'imagination relever les murailles du château de Valbelle ... "

J'ai voulu pour ma part retrouver une idée du mausolée sans pouvoir oter tous les attributs ajoutés aux statues au moment de leurs déménagements.

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" Tel était le Comte de Valbelle, telle était la Marquise sa mère, ces dignes représentants de la bonne et sympathique noblesse de Provence, ces grands seigneurs de l'ancien régime qui étaient, assurément, les meilleurs amis du peuple. " (Un grand seigneur au XVIIIème siècle, le comte de Valbelle - Octave teissier - 1890).

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" En contemplant les restes de ce grand palais, les débris de ses fabriques, les vestiges de ses terrasses, en retrouvant sur le sol le plan des bâtiments, en découvrant parmi les ronces la place des bosquets disparus, on est émerveillé de la fantaisie du grand seigneur qui, sur ce rocher de Provence, créa cette demeure superbe. On voudrait par un jeu d'imagination relever les murailles du château de Valbelle, relever les statues et les cyprès des jardins, évoquer la vie de luxe et de plaisir dont ces lieux furent le théâtre. Puis on se demande avec colère comment il a suffi d'un siècle pour que de tant de magnificences il subsiste seulement sur la colline pierreuse et dévastée huit colonnes de marbre et la parodio d'un petit obélisque. " (En flanant à travers la France" - André Hallays - 1912).

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