Chemin privé !
Des moulins à vent dans le Var et en Provence

" Le Seigneur fournira de même un moulin à ses frais à l'endroit où sont les autres ou ailleurs, un moulin ; dis-je, avec son meunier, à ses frais et dépends et les habitants ne pourront faire moudre leurs blés qu'à ce moulin là, en payant au Seigneur, pour prix de mouture, un panai sur quarante panaux. " (Acte relatif au repeuplement de Pontevès, 1474).

" Le 28 Novembre 1771, la Communauté de Cabasse présenta une requête au Lieutenant de Brignoles ; elle exposa qu'Antoine Cruvés, Honoré Chaix et Louis Brun, fermiers du moulin à huile, n'avaient pas ouvert le moulin au temps convenable ; elle demanda que les fermiers fussent condamnés aux dommages et intérêts soufferts et à souffrir par les habitants, à cause de ce retardement. " (Journal du Palais de Provence ou recueil des arrêts par Me Janety - Année 1782-1784).

On ne plaisante donc pas avec les moulins qui servent à la production de farine, d'huile, de vin, de plâtre, de papier, de ciment, de pâtes, de garance, aux tanneries, aux forges, à irriguer, assécher, presser, scier, broyer, écraser, pomper, malaxer, battre les écorces, piler le chanvre, le lin, le coton, moudre : poivre, café, sel, épices, parer les étoffes, la laine, la soie, fouler les draps ... N'oublions surtout pas les moulins à prières mais aussi blablabla, ceux à paroles !
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Moulins à vent.

La Provence est une terre d'élection pour les moulins à vent. Sur ce dessin de 1647 " la Ville et Citadelle de Saint-Tropés " de M. François Blondel, on remarquera les deux moulins perchés sur la crête en haut à droite ...
moulin saint tropez
" L'énergie hydraulique était connue et maîtrisée depuis l'Antiquité pour la mouture des céréales. Il faudra plus d'un millénaire après l'apparition de la meule circulaire pour voir la force du vent utilisée à mouvoir les moulins. La plus ancienne mention provençale d'un moulin à vent est connue dans "Les statuts de la république d'Arles" promulgués par son archevêque entre 1162 et 1180, qui mentionnent "molendini de aure" (moulin à vent). Après une régression du XIIIème siècle au XVème siècle par suite des crises, guerres et épidémies, le XVIIème siècle marque la reprise. " (Association patrimoine de Goult).
moulin grimaud
A Grimaud, le moulin Saint-Roch a retrouvé ses ailes. Il faisait partie d'un ensemble de plusieurs moulins connus sur la commune, tels ceux de Pierredon et du quartier des Roberts. On connait son existence depuis le XVIIe siècle sous le nom "Moulin de la Gardiolle". Longtemps ruiné, il a été restauré et remis en état de fonctionnement en 1990 par l'architecte Hubert Lemonier et les Compagnons du Tour de France.

Les voiles étaient confectionnées dans un textile tel que le coton, le lin, ou la toile meunière. La surface déployée était définie en fonction de la force du vent.
Principe de fonctionnement d'un moulin à vent.

Le toit est conique pour éviter trop de prise au vent, il est surtout orientable pour diriger les ailes face au vent. Pour cela le meunier était renseigné sur la direction du vent grâce à une girouette.

Il décide aussi du gréement des ailes - plus ou moins de tissus (laine, lin, ou toile meunière) - en fonction de la force du vent pour adapter la vitesse de rotation de la meule tournante (meule supérieure) alors que la "dormante" (ou gisante) ne tourne pas.

Au rez-de-chaussée, le système de trempure permet de régler la hauteur entre les deux meules en soulevant plus ou moins la meule tournante et ainsi définir la finesse de la mouture.


Le rouet, la grande roue avec les crans (aluchons), la lanterne (petite roue) et le gros fer.

Du vent, et voilà ça tourne ! Pas si simple ...
moulin grimaud
Au Xe siècle, le système féodal crée les banalités, les seigneurs qui possédaient et entretenaient - ils pouvaient avoir eu obligation de construire - les fours, moulins, pressoirs ou encore organiser les marchés, touchaient une indemnité de la part des utilisateurs de ces installations.  " Le droit de banalité, si opposé et si infâme surtout, parce qu'il touchait profondément à la source même de la vie du serf, n'embrassait généralement que les fours, les moulins et les pressoirs. Mais, dans quelques coutumes, il s'étendait encore aux moulins pour fouler le drap, pour battre les écorces et fabriquer le tan, pour piler le chanvre et, enfin, pour toute usine qui nécessitait un cours d'eau, dont la propriété était toujours seigneuriale. " (Histoire de la classe ouvrière depuis l'esclave jusqu'au prolétaire de nos jours - Volume 2, Robert du Var, 1845-1847).


Maintenant que notre moulin tourne ...
Le grain est versé dans la trémie au-dessus des meules : il en ressort par l'auget qui, agité (+ ou - fort) par le babillard (de forme carrée), provoque son acheminement vers le centre de la meule appelé œillard.

Le grain est alors écrasé entre les deux meules, transformé en mouture il ressort à la périphérie grâce au mouvement rotatif de la meule tournante. La farine est alors recueillie dans un coffrage en bois, un arescle en provençal, ou tambour, qui entoure les meules.

Quand le grain venait à manquer dans la trémie, le frottement des meules pouvait provoquer une étincelle risquant d'enflammer la poussière de farine. Le meunier ne surveillant pas en permanence la mouture, il prenait la précaution d'installer une alarme.

La trémie s'étant vidée, un mécanisme libère un taquet qui heurte une cheville fixée au Gros fer tournant, elle fait alors tinter une clochette à chaque tour.



Une trémie reconstruite au moulin de Palisson à Ollioules. Juste en dessous l'auget (ou cassole) et l'arescle qui servait à entourer les meules (absentes sur l'image).

Toujours à propos des banalités " Ainsi, non-seulement les sujets d'un seigneur ne pouvaient emprunter le secours d'autres usines que les siennes pour préparer les substances alimentaires les plus indispensables ; non-seulement ils ne pouvaient en construire de semblables dans l'étendue du fief, mais chose horrible et révoltante, ils ne pouvaient pas même employer pour moudre leur grains d'autre moyen que le moulin du seigneur. Il ne leur était pas permis de faire cuire leur pain chez eux, ni faire du vin sans se servir du four et du pressoir seigneuriaux.

Se soustraire à cette servitude presque homicide, à ce droit qui, suivant l'expression des feudistes, était en même temps coactif et prohibitif, c'était, pour le serf, s'exposer à être brutalement dépouillé en un instant de ce qu'il n'avait obtenu qu'à force de sueurs pénibles et prolongées. "

moulin regusse var
A Régusse, les deux superbes moulins à vent sont inscrits à l'inventaire des Monuments historiques depuis 1978. Leur origine est incertaine. S'ils figurent déjà sur la carte de Cassini du XVIIème siècle leur construction pourrait dater du XVIIème siècle, période d'expansion du moulin à vent. Il est aussi possible que leur origine remonte aux Templiers qui contribuèrent à répandre cette technique et possédaient une commanderie à Régusse.
moulin regusse
La place du moulin dans le village est choisie avec soin, sur un site exposé au vent, entre les terres à blé et les habitations. A Régusse, c'est au pied du moulin que se situent les aires de battage qui permettaient la séparation des grains et de la paille. Le quartier du moulin est souvent placé sous la protection de Sainte Catherine, patronne des meuniers.

Au Beausset, La Valette du Var, Saint-Cyr-sur-Mer et ailleurs ...
moulin le beausset
Moulin au Beausset.
" A Arles, sur vingt mesures de blé, on en donnait une pour les frais de mouture quand elle se faisait dans un moulin à vent ; on donnait la trentième dans un moulin à eau. " (Histoire générale de Provence - JP Papon - 1778).

Un plaque signale que ce moulin a été donné à la ville de Saint-Cyr-sur-Mer par la famille Piche-Audiffren Marius Benet (2003).

Le moulin de Jérusalem ? Oui, mais à Goult dans le Vaucluse.
moulin a vent goult vaucluse provence
Situé en haut du village, ce magnifique moulin figure dès 1750 sur le cadastre de Cassini - bien que devant dater de la fin du XVIIème siècle - où il porte le nom de Tré Casteau (hors du château). Le nom du quartier de Jérusalem de ce joli village du Vaucluse est peut-être donné en souvenir de seigneurs goultois partis aux Croisades.

Moulin de type tour, en maçonnerie à deux niveaux, le mur circulaire mesure 1,2 mètre, coiffé d'une couronne de pierres de taille, appelée "cimas" sur laquelle le toit peut tourner pour orienter les ailes face au vent..
gout moulin vent provence vaucluse
Il a fonctionné jusqu'en 1919. En 1950, le site est acquis par l'IGN où l'école des Sciences Géographiques installe son centre d'instruction pour l'astronomie. En 1996, la commune l'achète et le restaure à l'identique avant de l'inaugurer le 13 mai 1999.
moulin jerusalem goult
… Tandis que devant moi,
Dans la clarté douteuse où s’ébauchait sa forme,
Debout sur le coteau comme un monstre vivant
Dont la lune sur l’herbe étalait l’ombre énorme,
Un immense moulin tournait ses bras au vent.
(Le Moulin - Guy de Maupassant)

moulin à vent les beaux de provence
Au Baux de Provence, ce moulin est construit sur un promontoire très exposé au vent, après la destruction de tous les moulins du château et du village par le maréchal Vitry en 1632. Découvrez le château des Baux de Provence : ICI.

4 des 5 moulins à vent de La Cadière d'Azur.
« Tout autour du village, les collines étaient couvertes de moulins à vent. De droite et de gauche on ne voyait que des ailes qui viraient au Mistral par-dessus les pins, des ribambelles de petits ânes chargés de sacs, montant et dévalant le long des chemins » Alphonse Daudet - Les lettres de mon moulin.


Le "moulin de la Font d’Abeille" appartient à la commune de La Cadière d'Azur depuis 1999, il a été construit en 1621 par "Phelip Rostang", ce nom est gravé au dessus de la porte du moulin (photo de gauche). Le village du Castellet (à l'arrière-plan).
A gauche, le "moulin des Aires" ou "moulin de Margot" - 1770 (ou quelques années avant) - acquis par la commune en 1985, il est situé sur le terrain de jeu de "La Tour" à l'entrée du village - ("Tour" : c'est ainsi qu'il est repéré sur la carte IGN).

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Que produit-on à la Cadière d'Azur en 1787 ?


" Le terrain y est bon ; en général sec et pierreux. Il manque de fumier pour l'engrais, et des pluies fréquentes pour le faire fructifier. La production principale est le vin rouge, dont la qualité le fait rechercher pour le commerce des îles. Il essuie le transport sans s'altérer. On y recueille beaucoup d'huile d'olives, mais la qualité n'est pas excellente.

Les sècheresses qui règnent depuis longtemps sont la perte des oliviers qui sont fort gros et dont la plupart sont sur les coteaux et dans le terrains secs et pierreux. On en voit qui ont échappé au froid de 1709. Le blé ne suffit pas pour trois mois de l'année.

On y recueille des figues excellentes pour l'hiver, des noisettes très renommées, parce qu'elles se conservent longtemps, et beaucoup de câpres de la première qualité. Ces trois fruits sont fort estimés par les épiciers du nord. " (Description historique, géographique et topographique des villes, bourgs, villages et hameaux de la Provence ancienne & moderne ... C-F. Achard, Médecin de Marseille, membre de plusieurs académies - 1787).

2 autres moulins : le moulin à vent " Plus loin de ville " (ci-dessus, photo de gauche) acheté par la commune en 1547, et, " Le plus près de ville ", construit en 1579 (ci-dessus, photo de droite).

Un moulin aujourd'hui disparu (transformé en citerne ?), dit " Moulin de Saint Eloi " apparait sur le cadastre de 1790 et sur la carte d'état-major 1820-1866 (image ci-dessous à droite, en bas).
" Malheureusement, des Français de Paris eurent l’idée d’établir une minoterie à vapeur, sur la route de Tarascon. Tout beau, tout nouveau ! Les gens prirent l’habitude d’envoyer leurs blés aux minotiers, et les pauvres moulins à vent restèrent sans ouvrage. Pendant quelque temps ils essayèrent de lutter, mais la vapeur fut la plus forte, et l’un après l’autre, pécaïre ! ils furent tous obligés de fermer … On ne vit plus venir les petits ânes …

Les belles meunières vendirent leurs croix d’or … Plus de muscat ! Plus de farandole ! … Le mistral avait beau souffler, les ailes restaient immobiles … Puis, un beau jour, la commune fit jeter toutes ces masures à bas, et l’on sema à leur place de la vigne et des oliviers. "

Le secret de maître Cornille - Alphonse Daudet.
D’où vient qu’alors je vis, comme on voit dans un songe
Quelque corps effrayant qui se dresse et s’allonge
Jusqu’à toucher du front le lointain firmament,
Le vieux moulin grandir si démesurément
Que ses bras, tournoyant avec un bruit de voiles,
Tout à coup se perdaient au milieu des étoiles,
Pour retomber, brillant d’une poussière d’or
Qu’ils avaient dérobée aux robes des comètes ?
Puis, comme pour revoir leurs sublimes conquêtes,
A peine descendus, ils remontaient encor.

(Le Moulin - Guy de Maupassant)
" Pourtant, au milieu de la débâcle, des moulins avaient tenu bon et continuaient de virer courageusement sur leur butte, à la barbe des minotiers. Ce sont les moulins de Goult, Grimaud, Ramatuelle, Régusse, Porquerolles, Allauch et de maître Cornille. " Photo : inauguration du moulin de Goult après sa restauration le 13 mai 1999, Association du patrimoine de Goult, brochure Moulin de Jérusalem, réalisation Pic Bois.

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