Chemin privé !
Moulins à eau
A Ollioules, au bout du circuit de l'eau : le moulin de Palisson
Une très jolie promenade qui ravira les grands et les petits le long circuit de l'eau à Ollioules - vous vous arrêterez donc en chemin au jardin d'enfants. Historique, éducatif, riche, très bien renseigné, donc à ne pas manquer - l'office de tourisme vous renseignera sur les jours et horaires d'ouverture du moulin. Mais avant de se mettre en route, saluons les élèves du lycée Langevin, l'association Tremplin, le Groupe de Recherche sur le Patrimoine Ollioulais, les habitants du moulin, le guide des journées du patrimoine, et tous les acteurs qui ont participé à la renaissance de ce patrimoine.
Itinéraire court (1,7 km A/R) : départ depuis l’office de tourisme puis prendre le chemin St Roch jusqu’au chemin du Pont du Berger et emprunter l’escalier qui passe au dessus du canal et suivre le cheminement du canal des arrosants jusqu’au Moulin de Palisson.

Plus long (3,8 km (A/R), se garer 100m après le dernier feu rouge à la sortie du village vers les gorges (DN8). Emprunter le passage à gué, suivre alors le chemin des arbres ...
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Début de l'histoire (connue) de notre moulin : Jacques Parisson, coseigneur du Revest, possédait la moulin au XVIe siècle et le louait à la ville en échange d’une rente annuelle en nature, l'altération de son nom donnera le sien au moulin : Palisson (Ollioules.fr).
moulin eau ollioule
En 1886, " le canton d'Ollioules n'a que très peu d'eau courante, et la plupart de ces petits cours d'eau tarissent au commencement de l'été. Les riverains ont le droit de s'en servir à leur passage sans établir de nouvelles œuvres et en rendant ensuite l'eau à son cours naturel. Ollioules possède seul plusieurs sources abondantes, qui réunies au peu d'eau de la rivière par des barrages et canalisées ensuite, servent à mouvoir des moulins à huile et à farine et à l'irrigation d'un grand nombre de jardins potagers. Celui, sur le fonds duquel coulent des eaux pluviales, a le droit d'en disposer sans être obligé de les rendre à leur cours. " (Usages et règlements locaux ayant force de loi dans les arrondissements de Toulon, Var).
LES SOURCES.

A Ollioules, le béal, canal des arrosants, est alimenté par plusieurs sources captées à l'ouvert des gorges d'Ollioules le long de la Reppe* : la source de la Ripelle, la source Allemand, la source de Marc ... La plus importante est celle de Labus dont la température avoisine les 24°C.

Celle de la Ripelle marque aussi le début du canal de captage qui est d'abord souterrain sur 352 m (ci-dessous).


A gauche, le site de la Ripelle. Le captage débute au niveau du puits alors que l'esplanade accueillait à une époque pas si lointaine une célèbre guinguette ; elle aurait favorisé de nombreuses rencontres galantes et par la suite ... quelques naissances.

* Le mot Reppe, ou encore son dérivé Ripelle signifie "petite rivière". Même si la Reppe est un fleuve.
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Mais ... L'eau de Labus, soufrée et légèrement salée, est impropre à la consommation. Nous allons donc suivre une eau qui ne servait qu'à l'arrosage, aux lavoirs, moulins et autres besoins écartant sa consommation.
ollioule source
Heureusement, les habitants d'Ollioules pouvaient compter sur " la Mère (ou Maïre) de Fontaines ", une source abondante qui aujourd'hui encore subvient aux besoins de la commune. Sur le portail, "1942", héritage de l'occupation allemande. Son eau va elle aussi rejoindre le canal souterrain, mais, pour ne pas se mélanger à l'eau impropre qui y circule, elle y sera canalisée en tuyauterie jusqu'à une station de pompage (dite 'du Tochou') avant d'être distribuée.

Mais ... Le niveau de la source était trop bas, et pour élever son niveau, un âne s'évertuait autrefois autour d'une noria qui élevait le précieux liquide. Cette noria était installée juste au-dessus de l'ouvrage (ci-dessus) sur une petite esplanade aujourd'hui envahie par la végétation. Nous retrouverons les norias un peu plus bas.

Auparavant l'eau de cette source aboutissait dans une citerne qui aujourd'hui n'est autre que "Le Vieux Moulin", bien connue pour accueillir des expositions ou encore une foire aux santons. Notez également que les bâtiments : station de pompage et Vieux Moulin sont tous les deux couverts d'un même toit en forme de chapeau de gendarme.

La fontaine du Mascaron marque la fin du canal souterrain alors que la canalisation de l'eau de la 'Mère des fontaines' suit un autre chemin un peu plus à l'ouest.

Quant à notre fontaine, elle ne coulera que si les pluies ont été suffisantes.
fontaine mascaron olioule reppe gorges
ollioule lavoir
lavoir des rattes ollioules LES LAVOIRS. Situés au nord du village, le lavoir des Arbres (ci-dessus) est naturellement situé ... chemin des Arbres. Il a été construit en 1935. Les lavandières appréciaient sûrement la température de la source de l'Abus qui l'alimentait, proche des 24°C, elle était bien plus chaude que celle de la Reppe coulant en contrebas.


A gauche et en se rapprochant du centre-ville, le lavoir des Rattes date d'avant 1900. "Ratte", du nom de la variété de pommes de terre, tout laisse donc supposer une ancienne culture de ce tubercule à proximité.
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LA RESCLAVE. Toujours en amont de l'office de tourisme, une première resclave, barrage permettant au béal de traverser un cours d'eau sans perte de débit. L'eau était ainsi canalisée jusqu'aux différents jardins et moulins, dont celui de Palisson.

Le pont de Bonnefont en arrière-plan, ainsi nommé en référence à une source - voir ci-dessous - "font" en provençal - ce quartier était autrefois constitué de jardins où l'on cultivait fruits et légumes. Le seigneur d'Ollioules y possédait le sien.

barrage beal
La même resclave vue vers l'amont.

Ollioules terres de jardins depuis le Moyen-Age. C'est vraisemblablement à cette époque que les marécages furent asséchés pour être transformés en terres cultivables. Chaque famille, notables et seigneur compris, possédait un jardin. Si la production servait avant tout la consommation familiale, à Ollioules, la production était suffisamment excédentaire pour être en grande partie vendue.

On y cultivait le chou, l'oignon, la laitue ou le poireau très employés dans la cuisine médiévale. Ils devaient figurer en bonne place aux côtés des cultures méditerranéennes, olives, grenades, amandes et surtout la figue, qui fit la réputation d'Ollioules sur les marchés marseillais.


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LA BONNEFONT (rue de l'Oratoire). Le nom Bonnefont désigne à la fois la source et le quartier où elle surgit. C'est en effet en partie grâce à elle que les jardins se sont développés dans ce secteur. Protégé du Mistral et du vent de Nord-Est par les collines dominant les gorges et les crêtes du Croupatier, ils étaient propices à la culture des fruitiers : orangers, citronniers, pamplemoussiers mais aussi grenadiers ou jujubiers. La culture de l'oranger est en effet attestée depuis le XVe siècle et lorsqu'en 1564 le jeune roi Charles IX accompagné de sa mère Catherine de Médicis, visita la ville, il reçut en cadeau ... un oranger.

La source de Bonnefont est une résurgence de type vauclusien qui alimente la Reppe. Son débit est intermittent avec des variations très importantes. Son eau, comme celles de toutes les sources de la vallée de la Reppe, provient du massif de Siou-Blanc. De par sa nature géologique, ce massif abrite des réservoirs souterrains qui se remplissent lorsque les pluies sont suffisamment fortes et prolongées avant de déverser leur trop-plein. Ce flux abondant après un période pluvieuse finit par se tarir lors des sècheresses.

Si l'eau est ici bien présente, son niveau est en dessous de celui des jardins à irriguer. La solution ? La noria, comme au centre de l'image ci-dessus.
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LA NORIA. La noria - ou pompe à chapelet - "posaraca" en provençal est un système connu depuis l'Antiquité qui permettait d'alimenter des bassins dont le niveau pouvait être supérieur à celui d'un canal ou d'une source - comme ici à Bonnefont. Constitué par un chaîne munie de godets en terre cuite, bois, ou zinc et actionnée par des engrenages, la noria était activée par l'homme ou le plus souvent par un âne ou un mulet progressivement remplacés par des moteurs.

Avant-après ... A Bonnefont, la distribution de l'eau aux propriétés agricoles situées au-dessus de la source a nécessité de aménagements dont : l'utilisation d'une noria, des canaux pour la conduite jusqu'aux jardins, et des serves pour sa gestion et la conserver en périodes sèches (voir plus loin : les serves).

La noria de la photo était actionnée par un moteur et fut sans doute actionnée à l'aide d'animaux à son début. Sur l'image en noir et blanc, on distingue le tuyau d'amenée d'eau vers les canaux d'irrigation et ses godets (en zinc) soutenus par la structure métallique encore visible aujourd'hui.

noria pompe elevation eau
Différentes machines pour élever l'eau au XVIIIe siècle. " De toutes les sciences applicables à l'usage de la société, la plus utile, peut-être, est cette branche de I'hydraulique qui enseigne les procédés propres à opérer l'élévation de l'eau au-dessus de son niveau naturel. " (Traité d'hydrauférie, ou l'art d'élever l'eau portée à sa perfection - Charles Louis Marquis DUCREST - 1809).

Remarquez à gauche une noria mue par une roue à cuillères (en bas, à gauche), à droite deux hommes enchaînés employés pour "épuiser les Eaux de la Forme".

LE MOULIN DE LA TOUR (ou MOULIN GAST). Situé en centre-ville, cet ancien moulin à céréales, autrefois traversé par le Béal, est cité dans un texte du XVème siècle. Il était sur ces photos en restauration. Donc, en attendant sa réouverture ...
ollioules moulin de la tour
ollioule moulin de la tour Au moins 3 emplacements de meunerie ont été identifiés : deux actionnés par une roue à cuillères - photo de gauche - et un autre actionné par un roue à augets installée milieu XIXème et qui fonctionnait encore au début du siècle dernier (ci-dessus). Les stigmates de sa rotation sont encore bien visibles sous la forme de rayures circulaires et de concrétions de calcite.
Ollioules moulin de la tour
Ci-dessus, à droite, le canal de fuite rejoignait le lit de la Reppe au niveau de l'ancien couvent des Observantins - photo ci-dessous.
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Une deuxième resclave sur la Reppe, située à proximité de l'office de tourisme. Le bâtiment à l'extrême gauche est un pigeonnier, en restauration au moment de la photo.

UNE FONTAINE

La fontaine de Septem alimentait le faubourg du Septem. Sur la place le bureau qui percevait un impôt correspondant au septième des récoltes.

Sur la même place, situé approximativement à l'emplacement actuel Espace culturel Pierre Puget, le moulin du Septem était le plus important moulin à grignons de la région toulonnaise. Il y avait 18 bancs à 2 vis de pression et 1 banc à vis de pression, soit 37 pressoirs.

LA RECENSE. Les grignons sont les restes des chairs d'olives ayant été pressés à froid pour la consommation. Ces restes sont ensuite immergés dans des bacs d'eau chaude et repressés. L'huile obtenue est utilisée dans la fabrication du savon, en combustible pour les lampes à huile et dans l'industrie pour le graissage des machines.

Ollioules a développé très tôt les moulins à recense, ou moulins à grignons. Ces huileries approvisionnaient les savonneries toulonnaises puis marseillaises. S'ils sont ouverts, ne manquez pas le moulin de Zanni et le "Vieux Moulin" reconverti en salle  d'exposition. Et pour plus d'informations sur les moulins à huile, c'est ICI.

Tant que nous y sommes, ne manquez pas non plus de passer par la boutique de nougat Jonquier.

fontaien ollioules
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ON NE PLAISANTE PAS AVEC LA REPARTITION DE L'EAU ! " La possession des moulins et des eaux, leur mise en produit et surtout l'équitable répartition des eaux d'arrosage, étaient un objet de vive sollicitude pour les magistrats consulaires. Les titres et les documents relatifs à ces questions intéressantes existaient en très-grand nombre, mais ils se trouvaient répandus dans une multitude de dossiers de procédure. " (Bulletin trimestriel de la Société des sciences, belles-lettres et arts du département du Var, 1863).

Les deux facteurs principaux régissant la distribution de l'eau sont la fréquence et l'importance de l'irrigation. La quantité d'eau maximale d'eau à apporter à la parcelle est déterminée par le volume d'eau que le sol peut emmagasiner. La périodicité minimale entre deux arrosages est celle qui permet au sol de conserver toujours un minimum d'humidité. Elle varie selon les besoins en eau de la culture, son cycle, la nature du terrain et les saisons.
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LA MARTELIERE. La distribution de l'eau vers les différents canaux de dérivation était assurée par l’ouverture ou la fermeture de martelières, plaque en métal actionnées verticalement. Quant aux canards, nous les retrouverons !

Concernant l'arrosage à l'ancienne dans les parcelles. L'eau du béal était conduite aux planches de culture par des canaux de terre tracés à la trinque, sorte de houe dont le fer forme un angle aigu avec le manche. On libérait alors le flux d'eau vers les différentes cuvettes creusées entre deux lignes de culture en rompant les esparciers, sorte de butte de terre, grâce à un habile coup de trinque.

ollioules
Le canal a alimenté en eau jusqu'à 93 propriétaires jardiniers et 7 moulins (farine et huile) ou usines. Les droits de quantité d'eau étaient comptés en minutes, 1 minute permettant l'irrigation de 54 m².

Les 9052 minutes qui étaient utilisées sur 10 080 que compte une semaine étaient réparties entre les différents utilisateurs, les 1028 restantes servaient à recompléter les réservoirs. Un garde assermenté veillait au respect du règlement, il signalait à grand coup de trompe (photo de droite) les ordres d'ouverture et de fermeture des trappes d'irrigation.
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Un homme avait pour mission de veiller au bon fonctionnement de ce système. Appelé Meladou de l'aigue sous l'Ancien règime, puis Garde-canal jusqu'au XXe siècle, il était chargé de surveiller les voleurs d'eau qui, en catimini et souvent la nuit, soulevait leur martelière hors de la période de distribution. Pour éviter ce genre de problème, le garde canal cadenassait les martelières la nuit et venait les ouvrir dès le lever du jour. De plus c'est lui qui, au moyen de sa corne (voir plus haut), donnait le signal d'ouverture et de fermeture des martelières.

Les arrosages ont lieu selon un minutage précis, déterminé à l'avance, variant selon les saisons et les besoins en eau des cultures : il est par exemple plus strict en été et plus souple en hiver.

Le territoire irrigable était divisé en 5 quartiers, chacun bénéficiant d'un jour précis dans la semaine pour arroser. La durée d'irrigation s'étalait sur 24 heures par quartier, mais les plus grands pouvaient bénéficier de 48 heures d'arrosage.

La durée d'arrosage par parcelle était calculée en minutes, quantité d'eau préétablie et proportionnelle à la surface irrigable. Une minute correspondait à l'arrosage de 54 m2 de jardin. Entre deux arrosage d'une même parcelle, l'eau a fait un tour en servant toutes les autres parcelles.


LA FLEUR. En 1883-1889. " Nous traversons encore Ollioules, en respirant les émanations embaumées de ses jardins fleuris ; nous reprenons la berge de la Reppe, nous donnons une minute d'attention à un vieux petit pont, construit en dos d'âne et supportant une niche destinée à recevoir la statue du saint patron ; nous sommes heureux de revoir ces cultures si soignées, aux rideaux de cyprès noirs, disposés de manière à atténuer les effets désastreux des vents ; puis, voici que se montrent des touffes dorées.... Les immortelles, sans doute ? (Le littoral de la France, Ch.-F. Aubert).

Au XIXe siècle, " La fleur funéraire par excellence est l'immortelle. " et c'est à Ollioules que tout a commencé.

La culture et le commerce de l'immortelle ont été créés à Ollioules vers 1815, 1820 avant de s'étendre à l'époque à la Ciotat, Saint-Cyr-sur-Mer, la Cadière d'Azur, Bandol ... Au XIXe siècle, On emploie " l'immortelle à la confection des bouquets et couronnes funéraires, que l'on teint de différentes nuances. Elle sert à la fabrication des bouquets coloriés, imitant les fleurs des jardins, pour la décoration des salles, des fêtes publiques, dans les pays trop froids pour avoir des fleurs en hiver.

Avant ce temps, elle était recherchée seulement dans les jardins d'agrément et employée pour former des bordures. En 1830, les fleurs arrivèrent en grand nombre sur le marché de Paris. On en importe actuellement en Angleterre, en Russie, en Amérique, pour des milliers de francs, de la Sicile et des îles Ioniennes. Le produit net des immortelles est aujourd'hui dans le Var de 300 fr. environ par hectare qui comprend 50-60,000 pieds. Une température inférieure à -5° empêche la plante de fleurir. En juillet, les souches sont presque sèches, les tiges se développent au printemps. Chaque touffe d'immortelles cultivées produit en moyenne 60 tiges portant 20-30 fleurs. Cette espèce s'accroît constamment en largeur et acquiert parfois un diam. de 0,75 à 1 mètre. Nous avons pu compter, dit M. Gos, jusqu'à 150 et même 200 tiges florifères sur le même pied. En général, cette plante ne produit abondamment que tous les deux ans. "

("Flora mediterranea exotica" - Emile Sauvaigo, 1899).
La couronne d'immortelles
ou visite de Louis Napoléon au tombeau de sa mère.
Entends ma voix, et reçois ô ma mère !
Reçois ces fleurs de la main de ton fils ! "


" On cueille dès que le bouton s'ouvre, et il faut bien guetter ce moment. Vingt-quatre heures plus tard, la fleur serait perdue ; au lieu de conserver, après dessication, cette cohésion qui lui a valu son nom d'immortelle, elle s'endeuillerait ainsi qu'une rosé fanée. On coupe la tige avec les fleurs, puis on fait sécher le tout dans des greniers pendant une quinzaine de jours et, réunis en botte, les bouquets sont prêts pour les expéditions au loin. On emballe par caisses de cent paquets à destination de Londres ou de Paris et on vend au poids.

Culture de l'immortelle dans le midi - restes de l'ancien château d'Ollioules (journal L'illustration - 1858)

L'an dernier, où les cours furent jugés désastreux, on tarifa 35 fr. les 25 kilog. ; mais ces mêmes à 25 kilog., unité de poids du commerce de gros, se sont vendus souvent jusqu'à 70, 80 et même 100 fr. dans les années exceptionnelles. Sachant que quatre paquets font 1 kilog., on peut évaluer le rendement formidable de la culture à l'hectare. Au point de vue du consommateur, cette cherté ne met cependant pas la matière première hors de prix. En effet, une couronne de taille moyenne se fabrique avec un seul paquet c'est dire qu'au cours de l'an dernier il fallait 35 centimes de fleurs pour fabriquer une couronne.


Celles-ci se font aussi sur place on sait que les ouvrières les construisent en cousant chaque bouton, préalablement teint à la nuance désirée, sur une armature de paille désignée en terme technique sous le nom de litière. Il existe à Ollioules des teintureries d'immortelles et les femmes du pays trouvent perpétuellement un travail rémunérateur dans le garnissage des litières. Malgré tout cela, ainsi que je le disais en commençant, on se lamente au pays des immortelles. C'est que la fleur enrichissante menace de disparaître. On l'a vue d'abord s'anémier au point qu'un beau matin on rencontra des immortelles blanches dans les jardins. Le premier qui constata ce cas d'albinisme crut avoir fait fortune : il se voyait déjà spécialiste en couronnes blanches.


Mais il lui fallut bientôt déchanter. Ses voisins, eux aussi, signalaient des fleurs décolorées, non pas d'un blanc franc et vif, mais d'un blanc crème qui nécessitait encore la teinture. Bientôt on constata que les plants jaunes eux-mêmes s'étiolaient et quand, à force d'avoir cherché, on pénétra la cause, on vit que ce dépérissement provenait d'un ver imperceptible qui s'attaquait à la racine et-dévorait la moelle de la plante. C'était le phylloxéra de l'immortelle. Il pullule comme son rival des vignes, moins vite, mais aussi sûrement et l'on n'a point, hélas ! trouvé encore de plant américain pour restaurer l'espèce nationale.


Plants et récolte de l'immortelle (L'iIlustration - 1858).   

Joignez à ce désastre la versatilité de la mode qui s'attache maintenant aux couronnes de perles n'en voilà-t-il pas plus qu'il n'en faut pour comprendre la mélancolique réflexion de l'horticulteur qui me disait, devant ses plates-bandes dévastées :
Voyez, Monsieur, nous n'en avons même plus pour les enterrements civils ! " (Journal des débats politiques et littéraires - Guy Tomel - éd du 29/05/1897).
" La Couronne d'immortelles ou Napoléon sur la colonne. "

" Il dort maintenant, ce lion, la terreur des ennemis de notre Patrie ; et la postérité qui veille sans cesse, pesant dans une juste balance les actions des humains, lui tresse une Couronne d'Immortelles, moins destructibles que le bronze qui le représente pour la seconde fois ".


" Mais heureusement ... L'an dernier, à pareille époque, nous étions, paraît-il, menacés de ne plus voir d'immortelles. Les cultivateurs de la fleur du souvenir, les horticulteurs d'Ollioules étaient dans la désolation.

La fleurette jaune naissait toute, blanche, d'une pâleur de phtisique. Bientôt, la fleur s'étiolait, penchait sa lamentable tige et se brisait comme un mince osselet. On fouilla la racine, on y trouva un ver minuscule, quelque descendant des vers du tombeau bien sûr, qui rongeait la sève et tuait la fleur. " (Le Radical, édition du 04/11/1897).

Jeunes filles d'Ollioules tressant des couronnes d'immortelles.
(L'illustration - 1858)


Au XIXème siècle, l'arrivée du chemin de fer va marquer un tournant dans l'histoire d'Ollioules et aura deux conséquences : les productions vont pouvoir être vendues plus loin et de nombreux paysans vont se lancer dans la culture de la fleur fraîche, génératrice de plus de revenus ; de nombreuses familles ollioulaises vont s'enrichir par ce nouveau négoce.

bassin reserve eau
LA SERVE, servait à conserver une provision d'eau et réguler son utilisation pendant une durée précise. Ce bassin d'une capacité de 150 mètres cubes, était une réserve d'eau destinée à l'arrosage. L'eau n'étant pas apportée à la parcelle de façon continue, le but premier des bassins est de stocker l'eau afin d'irriguer entre les temps d'arrosage officiels, décidés suivant un calendrier précis.

Il y a aussi des oies au bord de la Reppe !
serve ollioules
La commune d'Ollioules comptait plusieurs serves sur son territoire lorsque le béal était encore la principale source d'irrigation de la ville jusqu'en 1977. La plupart stockait l'eau pour une durée d'irrigation d'une semaine.

circuit eau ollioule
La Resclave de Rebuffel, construite en 1568 par un certain Jacques Suquet, maçon du Beausset. Exceptionnellement bien conservée, elle a la particularité d'être la seule historiquement documentée avec précision.

L'eau, après avoir alimenté le moulin de Figuière, arrive du côté droit de la Reppe, vient buter contre la resclave qui la répartit alors en deux quartiers : 1/5ème de l'eau est dirigée vers le quartier de Roustidou par un canal souterrain et les 4/5ème restants vers le moulin de Palisson puis au quartier des Plans. 3592 mètres de canaux principaux parcourent encore aujourd'hui la commune.


UNE AUTRE NORIA. Elle date du XIXe siècle et permettait d'amener l'eau du canal vers les aires de lavage du blé situées en amont du moulin de Palisson.

" Dans des villages comme Ollioules, la Garde, les deux Solliès, la Crau, la Valette, dans le territoire d'Hyères surtout, le sol est perforé de milliers de puits, où des norias tournées par des chevaux et construites sur le pur modèle arabe, répandent l'eau dans les champs de violettes et de jacinthes, de fraises et d'orangers, de roses et d'œillets cultures charmantes, plus rémunératrices que toutes les autres. " (Bibliothèque universelle et Revue suisse - 1887).
noria puits ollioule
Et une troisième ! La noria "de Lei Platano", dite à puits, elle était actionnée par un animal. Comme pour le moulin à sang, l'animal tournait en rond pour la faire fonctionner. Elle a été réhabilitée par le Groupe de Recherche sur le Patrimoine Ollioulais.

moulin palisson ollioules
LE MOULIN DE PALISSON. Comme la plupart des moulins d'Ollioules, celui de Palisson, mentionné au XVème siècle, est un ancien moulin à blé. Cette céréale était peu cultivée sur le territoire de la commune, elle était en grande partie achetée dans le moyen Var, dans la vallée du Rhône ou de la Durance.

Le meunier, qui touchait une rente annuelle pour entretenir et faire fonctionner le moulin, habitait sur place et disposait d'un jardin privé.
moulin palisson ollioules
LA ROUE A CUILLERES (ou à rouet volant).

A l'origine le moulin tournait grâce une roue à cuillères, elle était en bois et a malheureusement été détruite. Une roue neuve d'un 1,5 m. de diamètre a dû être confectionnée ; elle a été brillamment réalisée par les élèves des ateliers "Bois" et "Fer" du lycée Langevin de La Seyne sur Mer. Les élèves du même lycée ont également réalisé la roue à augets (roue verticale) qui a par la suite remplacé la roue à cuillères.

La grande planche contre le mur à gauche est un tribulum, incrustée de silex et tirée par un animal, elle servait au dépiquage (séparation des grains de la paille).

A droite, nous sommes descendus d'un étage dans le moulin, la roue à cuillères était positionnée au centre de ce socle en pierre.
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" Dessin d'un moulin comme on les fait en Provence & en Dauphiné - 1737-1739. "
     " En Provence et dans une bonne partie du Dauphiné les moulins y sont d'une grande simplicité, n'ayant qu'une roue horizontale D de 5 ou 7 pieds de diamètre, dont les aubes font faites en cuillères pour recevoir le choc de l'eau qui coule ordinairement dans un auge A ; l'arbre E qui répond à la meule supérieure et la seule pièce qui sert à lui communiquer le mouvement, et je ne crois pas qu'il soit possible de faire un moulin à moindre frais ; il est vrai qu'il faut pouvoir ménager une chute comme celle que l'on voit ici, est qui sont très-fréquentes dans ce pays-là.

La roue tourne sur un pivot dans une crapaudine pratiquée au milieu de l'entretoise du châssis OF, servant à approcher les deux meules, par le moyen de la vis qui est à l'extrémité de la pièce G, et de l'écroue H que l'on fait tourner pour hausser ou baisser le châssis. Les roues que l'on voit exécutées dans le goût de celle-ci ont leurs cuillères amplement assemblées à l'arbre par un tenon et une cheville fortifiée par le dessous par des membrures qui les entretiennent toutes ensemble ; d'autres sont faites, comme on le voit au plan M, et à son profil M, que la seule inspection de la figure fait assez connaître pour n'avoir pas besoin d'explication.

Quand le Meunier veut arrêter le Moulin, il peut sans sortir interrompre le cours de l'eau en pouffant la perche I, baisser le clapet L qui est attaché aussi bien que le bras de levier K à un tourniquet qui facilite cette manœuvre ; plus haut il y a une vanne à l'entrée du canal, comme on le voit marqué à l'endroit C du plan pour empêcher que l'eau n'y entre et qu'elle ne se perde en passant par dessus les bords,  comme cela arriverait si l'on ne fermait que le clapet L : on la ménage dans un réservoir lorsque le moulin chôme pendant quelque temps pour en avoir ensuite avec plus d'abondance. " (Architecture hydraulique, ou L'art de conduire, d'élever et de ménager les eaux pour les différents besoins de la vie ... M. Belidor - 1737 - 1739).

Et voilà, comme à Palisson - avant l'installation d'une roue verticale - vous retrouverez l'application de ce système au moulin de Blanche à La Garde Freinet, un peu plus loin dans cet article. Justement, à propos des roues verticales ...
Au fil du temps, les roues verticales, plus faciles à construire et offrant plus de puissance, ont été préférées aux horizontales.

A gauche, au plus simple, on retrouve le principe du fonctionnement décrit en page 1, l'eau fait tourner une roue à aubes qui est reliée au rouet ; ce dernier transmets le mouvement à la lanterne qui fait alors tourner la meule.

" Depuis qu'on a commencé à faire usage de la force de l'eau pour mouvoir les Machines, toute la perfection à laquelle les plus habiles Machinistes ont pu atteindre s'est bornée à mettre d'abord la puissance en équilibre, avec le poids qu'il s'agissait de mouvoir, ensuite à diminuer le poids au hasard, ou à augmenter le rayon de quelqu'une des roues, afin que la puissance l'emportant sur la charge, elle mit la Machine en mouvement, sans savoir jusqu'à quel point devait aller la vitesse ; on pensait même que plus cette vitesse serait grande, et plus l'effet en serait avantageux, et ce sentiment paraissait si naturel qu'on était fort éloigné de le croire susceptible d'erreur. "

Conclusion, ce n'est pas parce qu'une roue tourne vite qu'elle est "avantageuse".


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LA ROUE A AUGETS du moulin de Palisson : 48 augets ; 1,3 tonne ; 4,5 m de haut ; 1,02 m de large.
A gauche le mécanisme (incomplet) permettant de relier la roue aux meules situées à l'étage supérieur. L'espoir des restaurateurs est de moudre du blé en 2020 après plus de 20 ans de restauration. Et ils viennent de loin ...


(http://www.ollioules.fr/vie-economique/tremplin-83)
Mais revenons à l'efficacité de nos roues verticales en 1737. " Tel était l'état de la Mécanique, lorsque M. Tarent par une suite de réflexions,  s'aperçut que pour qu'une Machine mue par un courant, fut capable du plus grand effet qu'elle pouvait produire, il fallait nécessairement qu'il y eut un certain rapport déterminé entre la vitesse de la roue et celle du courant : ayant suivi cette idée, il a découvert par le calcul que la vitesse de la roue devait être le tiers de celle du courant, ou que la Machine ne devait faire mouvoir que les quatre neuvièmes du poids qui lui convenait dans l'état d'équilibre car les roues qui trempent dans l'eau étant accompagnées d'aubes qui se succèdent immédiatement, peuvent être considérées comme une seule surface qui recevrait l'impression du fluide fans interruption. " (Architecture hydraulique, ou L'art de conduire, d'élever et de ménager les eaux pour les différents besoins de la vie ... M. Belidor - 1737 - 1739).

" Différentes manières de faire tourner les roues de moulin " : par en-dessus, de côté, pendantes, Poncelet, flottante Colladon, à compartiments Marozeau, à goitre, à coursier annulaire, de poitrine ou encore à aubes ...

En haut à gauche, la roue à aubes, ou "par en-dessous", bien connue à l'Isle sur la Sorgue, la force du courant pousse les aubes qui sont planes. Ou l'inverse, en bas à gauche, une alimentation par le haut de la roue, les augets ont une forme qui retient l'eau, le poids est alors plus important pour une meilleure rotation de la roue.
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Sur la droite de chaque photo : un tarare (ou vanneuse, traquinet, ventaire, ou encore ventarelle) permettait le vannage. La rotation du volant (roue à gauche) créée un courant d'air permettant la séparation des grains des impuretés (balle, pailles menues, criblures ...). Le nom tarare vient du bruit généré par son fonctionnement.
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Ci-dessus, la meule tournante (supérieure) est saisie grâce à une grue tournante pour être soulevée, cette opération permettait le nettoyage ou le rhabillage de la meule (voir ICI) - ce n'est donc pas ce système qui faisait tourner la meule, mais celui expliqué en page 1 ou un peu plus haut sur cette page.

Pour rappel, la force de l'eau fait tourner la roue à cuillères qui entraîne la meule courante (celle du dessus). Lorsque le blé est versé dans la trémie, en forme d'entonnoir (au fond à droite de l'image), un auget le fait descendre par le trou central de la meule. Ecrasé entre les deux meules, le blé devient farine et son et ressort à la périphérie entre les deux meules.

L'aiguille permet de régler l'intervalle entre les deux meules et donc la finesse du grain.

Quand le grain venait à manquer, le frottement des meules pouvait provoquer une étincelle risquant d'enflammer le bois du tambour mais surtout la poussière de farine très explosive. Pour éviter cet aléa, un mécanisme permettait de faire sonner une clochette quand la trémie s'était vidée.
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Nos deux systèmes au XVIIIe siècle.
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moulin palison



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En aval du moulin, le gourd de la Cachoffle (en provençal, l'artichaut) divisait le canal en cinq branches. L'une alimentait un moulin situé sur la commune de Six-Fours et les quatre autres desservaient les exploitations de la plaine.

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" Dans les années 1570, le fils du coseigneur du Revest, Melchior Parisson, décide de céder définitivement le moulin à la ville, contre la somme considérable de 200 écus. Le conseil de ville trouve cette somme trop élevée, mais la transaction finit par se faire, puisqu’au XVIIe siècle le moulin figure parmi les possessions communales. " Il restera en activité jusqu’en 1912. (Ollioules.fr).


Vous pouvez compléter ce circuit au centre ancien, passez voir le terme derrière l'église, le château, la chapelle ND d'Espérance et le local Bottin-Layet avant de monter à l'oppidum de la Courtine, mais là, il vous faudra la journée pour tout faire !

Et pour d'autres moulins à eau : le moulin de Blanche à La Garde Freinet, à Bargème et à Gémenos.

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