Chemin privé !
Le Fort Balaguier (1636), le Fort de l'Eguillette (1678) et le fort Napoléon (1821) à La Seyne sur Mer ;
la Tour Royale (1524), le fort Saint Louis (1768) et le fort du Cap Brun (1695-1768) à Toulon.
« J'ai reçu, citoyen Bertin, la lettre que vous m'avez fait tenir en Egypte, au sujet des fortifications de Toulon. J'estime qu'il serait utile, d'abord, de réparer la Grosse-Tour, qui est en mauvais état. Je vous enverrai tous les plans nécessaires pour la réfection des forts Lamalgue, Saint-Louis, Balaguier et de l'Eguillette ; cela est indispensable pour la plus belle rade de la République. J'aime beaucoup Toulon et j'espère aller vous voir bientôt en secret pour étudier avec vous cette grave question du rétablissement des fortifications. Salut et fraternité. Bonaparte. »

Le Fort Balaguier (1634 - 1636), un musée à La Seyne sur Mer.
Sur ce rivage, en décembre 1793, vinrent aboutir victorieusement les opérations de guerre entreprises par l'armée de la Convention pour la libération de Toulon. Le fort du "Petit Gibraltar" ayant succombé sous le feu des batterie françaises et les assauts de l'infanterie. Armée conduite par Dugommier et le commandant d'artillerie Napoléon Bonaparte. "

Le Fort de Balaguier est un ouvrage militaire situé sur à La Seyne-sur-Mer, il est aujourd'hui un musée accueillant des expositions relatives à la Marine méditerranéenne et à l'histoire de la ville. L'extrait ci-dessus est gravé sur une plaque situé à l'entrée du fort, on en reparlera ... Il est aussi appelé "Petite Tour" par opposition à la "Grosse Tour" ancien nom de la Tour Royale située de l'autre côté de la petite rade à Toulon.
fort balaguier la seyne sur mer
Le fort Balaguier - comme ses voisins la Tour Royale qui lui fait face et le fort de l'Eguillette situé à peine plus au nord - fut édifié en 1636 dans le but de protéger des intrusions la petite rade de Toulon. Sa construction a été décidée et entreprise à l'issue d'une inspection des côtes de Provence par Henri de Séguiran, nommé lieutenant général des mers du Levant en 1632 et chargé par Richelieu en 1633 de faire une inspection des fortifications de Provence et l'établissement d'un carte dont vous pourrez découvrir un détail un peu plus bas.

Il s'agissait à l'époque d'anticiper les intentions belliqueuses de la Maison d'Espagne en Méditerranée, de la Hollande ou de l'Angleterre. Dans le même mouvement, Richelieu fit édifier un ensemble de tours défensives sur les côtes de Provence depuis Antibes (tour du Grillon) à l'île des Embiez (tour Ste Cécile), en passant par les îles d'Hyères, sur la base du travail d'Henri de Séguiran.

Toulon fut assiégé pendant la guerre de Succession d'Espagne du 29 juillet au 21 août 1707. Ci-dessus, une carte (1707) de la rade de Toulon, elle représente " la vue de sa rade et situation de ses Tours, celles des hauteurs de Ste Anne ou sont campées et retranchées les troupes du Roi, et de Ste Catherine. On distingue parfaitement nos quatre tours : Balaguier, l'Eguillette, la Tour Royale (Grande Tour) et le fort Saint Louis.

En 1700, Charles II décède, il est roi d'Espagne mais surtout le dernier Habsbourg de la branche hispanique. Sans descendance, son royaume doit revenir à son petit-neveu Philippe, qui est aussi le petit-fils de Louis XIV. Le royaume d'Espagne doit-il passer aux mains de la famille des Bourbons ? L'Autriche va s'y opposer et l'empereur Léopold 1er réussit alors à coaliser Allemands, Anglais et Hollandais contre la France. Parmi les batailles qui se vont se succéder entre 1701 et 1714 : le siège de Toulon en 1707.

L'attaque commence le 29 juillet 1707, indécise au début, la situation va progressivement évoluer au bénéfice des troupes françaises, et ce, malgré un bombardement naval de la ville entre le 17 et le 21 août. « Le bombardement, entrepris le 17, ne discontinua pas jusqu’au 21. Ce jour-là, à onze heures du matin, six galiotes anglaises vinrent mouiller au pied du fort Saint-Louis et commencèrent à bombarder le port et la ville. En même temps, cinquante-deux vaisseaux formèrent une ligne d’embossage depuis le Sépet jusqu’au château de Sainte-Marguerite et battirent à la fois toute l’entrée de la rade. C’était une chose horrible à voir et à entendre que ce feu continuel, ce vacarme de tous les instants, cette pluie incessante de boulets et de bombes et, pourtant, la population ne laissa apercevoir aucun signe de découragement. » (Charles Laindet de La Londe). Le siège sera finalement abandonné le 22 août, la coalition aurait perdu 10000 hommes.
balaguier musee la seyne sur mer
Mais revenons à Balaguier. " C'est cependant lorsqu'elle devint l'enjeu des batailles terrestres que la forteresse connut son heure de gloire. 1793, l'année terrible ! Toulon, révolté contre la Convention, appelle l'étranger à la rescousse. Une flotte anglo-espagnole s'embosse alors en rade et ses détachements occupent Balaguier, devenu le « petit Gibraltar ».

L'armée républicaine, chargée de reprendre Toulon, piétine devant Ollioules lorsque le capitaine Bonaparte vient prendre le commandement de l'artillerie. De son « regard d'aigle », il a vite fait de découvrir que le fort de Balaguier est la clef de la ville : là est Toulon, dit-il, le désignant à son nouveau chef Dugommier. "

Tout à droite, une borne de séparation communale et une histoire à ne pas manquer !?
fort balaguier
" Les batteries, installées par Bonaparte, tirent à feu continu, l'attaque générale est lancée ; le lendemain soir les assaillants souperont à Toulon. Une solide tradition locale veut que le capitaine d'artillerie, promu général de brigade (à titre provisoire !) après le succès de la bataille, ait couché à Balaguier, en compagnie dit-on, mais que ne dit-on pas, de la jeune Charlotte Midelton, travestie en militaire ... " (Cols bleus, magasine de la Marine Nationale, éd. du 25/09/1976).

Vous verrez un peu plus loin deux canons rattachés à l'histoire du futur empereur. 
tour balaguier
Cette tour à canons est un ouvrage d'artillerie haute destinée à faire feu dans les gréements des voiliers de combat. Elle comporte en sous-sol une citerne et des magasins, surmontés d'un logement vouté pour la garnison, qui supporte une terrasse à canons. Les  deux batteries rasantes avec parapets à embrasures situées de part et d'autre ont été construites ultérieurement.

Balaguier resta un outil de défense jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale, comme en atteste l'armement visible sur les cartes postales vendues à l'époque à Tamaris et aux Sablettes.
musée balaguier la seyne / mer
La période de l'entre-deux guerres est plus "exotique". Il semble en effet que la marine ait loué le fort à des particuliers. C'est à cet époque que Claude Farrère, officier de marine et un écrivain, décrit le fort comme un lieu de tous les plaisirs, où l'on viendrait consommer opium et s'acoquiner avec des prostituées. Fiction ou pas, les archives de la marine sont muettes sur cette période.

« Et les habitants du quartier de Tamaris, de Manteau, de Balaguier, de Pin de Grune étaient à l'affût de ces personnages suspectés de débauche. " Oui, disait l'un, je les ai vus arriver en calèche par la route des Mouissèques.  Les papotages allaient bon train et quand les langues se délient dans une surexcitation mutuelle, les accusations peuvent aller très loin.

Un troisième intervenait pour dire qu'il tenait ses renseignements de bonne source. "Le Ministre de la Marine vient lui aussi se régaler !" Ah ! ça par exemple ! ... » (Source site Marius Autran). Je vous l'assure un endroit que les habitants de la contrée n'en prononçait le nom qu'en rougissant ; cela ne vous rappelle rien ... 
fort Balaguier musée à La Seyne sur Mer
Pendant la Seconde Guerre mondiale le fort retrouve sa vocation défensive. A partir du 27 novembre 1942, il est occupé par les Italiens, puis par les Allemands qui y installent du matériel de défense rapprochée. C'est à cette époque que le fort connaît le seul combat ayant atteint sa structure, et comme en 1793, l'attaque est terrestre. Le 26 août 1944, le fort et ses occupants allemands cèdent aux troupes françaises conduites par le lieutenant Maurier. Ce combat est à l'origine de la destruction de l'ancienne poudrière.
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Un sabre d'officier et un bicorne d'officier marinier (fin XIXe).

A la sortie de la guerre, le fort est de nouveau abandonné par la marine et les chantiers de construction navale aménagent leurs cales à proximité.

A partir de 1962 la marine utilise le fort pour les tirs de salut et quelques années plus tard les cales de Balaguier servent de décor au film  "Le Petit baigneur" avec Louis de Funès (1968).
le fort balaguier musee
Plusieurs modèles de boulets. A gauche les premiers boulets taillés dans des blocs de roc.
balaguier la seyne

Les deux Canons du Cap Vieux.
canons batterie cap vieux cap sicie
La batterie du Cap Vieux (également batterie de Notre-Dame) à Six Foux les Plages, massif de ND du Mai. Bonaparte y avait installé des canons après le siège de Toulon. En 1970, trois canons gravés "1793", "Liberté et égalité" et "Creusot" étaient encore présents dans les ruines jouxtant le muret d'enceinte. Deux sont aujourd'hui exposés au musée Balaguier, le troisième aurait disparu. Référence et passage incontournable par le site de Marcel Autran pour tout savoir sur La Seyne sur Mer et le massif du cap Sicié en particulier. 
canons batterie cap vieux cap sicie balaguier
Voici donc deux des trois canons du Cap Sicié, bien installés dans le musée depuis 1975, quant au troisième ? 
canon fort Balaguier Ces deux canons de 18 livres du système Gribeauval pèsent chacun 3800 Kg. A l'époque ce modèle armaient les troupes républicaines, comme en témoigne la devise républicaine "Liberté - Egalité "qui y figure (le mot "fraternité" sera rajouté à la devise en 1848).


canons batterie cap vieux cap sicie musee balaguier
Sur une plaque gravée : " Canons de marine modèle 1786. Ces canons faisaient partie d'une batterie installée au Cap Sicié par Bonaparte au moment du siège de Toulon en 1793. En juin 1973 la Marine les a fait enlever par hélicoptère et transporter ici. ".

balaguier la seyne sur mer musee
Après 1945, Le bâtiment se dégrade rapidement et son état pousse l'association "La Seyne ancienne et moderne" à présenter un projet de musée pour sa sauvegarde. Ce dernier est très vite validé par la municipalité qui devient locataire du fort en 1965. Les travaux les plus urgents sont entrepris et le musée ouvre eu public en 1971.
canon batterie rasante balaguier
Un canon situé dans une embrasure d'une des deux batteries rasantes.
fort balaguier

chapelle fort balaguier la seyne
La mauvaise qualité des chemins et l'éloignement du fort des lieux de culte (et oui !) sont à l'origine en 1776 de la chapelle du fort.
exposition bagne fort balaguier
La chapelle du fort abrite une exposition sur le bagne.
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Georges Sand vint se reposer à Tamaris en 1861, de février à mai, accompagnée de son fils, Maurice et d'Alexandre Manceau. Elle a visité la région, herborisa et prit des notes à partir desquelles elle écrivit, en 1862 son roman Tamaris.
Ce médaillon en terre cuite fut placé en 1891 sur la bastide où Georges Sand a séjourné, puis déposé au musée de Balaguier lorsque cette bastide fut démolie. Gravés sur la margelle : " Georges Sans à Tamaris 1861 " et " Ent Perraris 1975 La Seyne ".

" A droite, s’élève le cap Sicier, autre montagne très haute et d’une belle découpure, toute couverte de pins. Entre la grande mer et une partie de notre vue de face, s’étend une petite plaine bien cultivée, une sorte de jardin habité. Derrière nous, le fort Napoléon sur une colline boisée plus élevée que la nôtre et qui nous fait un premier paravent contre le nord. Au bas de ce fort, la grande rade de Toulon et d’autres immenses montagnes derrière, second paravent, que dépasse en troisième ligne la chaîne des Alpines du Dauphiné.

Tout cela est d’un pittoresque, d’un déchiré, d’un doux, d’un brusque, d’un suave, d’un vaste et d’un contrasté que ton imagination peut se représenter avec ses plus heureuses couleurs. On dit que c’est plus beau que le fameux Bosphore, et je le crois de confiance ; car je n’avais rien rêvé de pareil, et notre pauvre France, que l’on quitte toujours pour chercher mieux, est peut-être ce qu’il y a de mieux. " (Georges Sand - Correspondance XVI, 312-313).

Une bombarde - ça ne colle pas trop avec l'année gravée : 1855 ?
tour balaguier musée la seyne
Le fort Balaguier est inscrit au titre des monuments historiques depuis le 17 mars 1975.

Ci-dessus à gauche, le Fort Balaguier, et à droite, le fort de l'Eguillette.

Le Fort de l'Eguillette à La Seyne sur Mer (1674-1678).
La distance entre Balaguier et la Grosse tour ayant étant jugée trop grande, le fort de l'Eguillette vient lui aussi renforcer le système de défense de la petite rade de Toulon. Situé entre le fort Balaguier et Toulon, il compte une batterie basse en bord de mer et une autre haute, aujourd'hui de l'autre côté de la route.

Vauban, à l'occasion de sa tournée d'inspection en 1679 : “ ... L’Aiguillette est un petit fort commencé depuis peu de l’autre côté de la rade vis-à-vis la Grande tour … mon avis est de l’élever totalement selon le même dessein sur lequel il a été commencé, sans y rien changer, et d’approfondir autant qu’on le pourra son fossé du côté de la terre » .  Notez que le fossé côté terre n'a pas vu le jour comme les travaux qu'il envisage par la suite, en effet  ...

En 1693, les installations lui apparaissent insuffisantes et en 1701, sa critique est sévère « la tour n’est pas autrement bien située, elle est trop basse, ses couverts sont mal distribués et les matériaux en sont très mauvais… ». Mais rien ne change.

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Le fort traverse les années sans changements majeurs jusqu'en 1849 (aménagement de la plate-forme) puis 1859. La partie basse de l'Eguillette est déclassés en 1877, elle ne servira plus que de casernement pour le personnel de la batterie haute.
fort de l eguillette la seyne toulon rade - aiguillette
Le fort Balaguier est inscrit au titre des monuments historiques depuis le 17 mars 1975.

Le Fort Napoléon (1821), à La Seyne sur Mer.
C'est après l'occupation du site par les Anglais en 1793 qu'un projet de redoute est étudié sur les hauteurs de Balaguier, mais l'empereur lui aurait préféré la colline du Caire. Les travaux commencent en 1811 et seront achevés en 1821. Le fort s'est appelé fort Mulgrave à l'époque anglaise, puis fort du Caire avant d'être attaché à Napoléon, le futur empereur s'étant - ici aussi - illustré pendant la reprise de Toulon.

Déclassé en 1877, le fort Napoléon est acquis par la ville de la Seyne sur Mer en 1973, ouvert au public depuis 1984, il abrite aujourd'hui des espaces d'exposition.
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L'entrée principale du fort.

" Le fort Mulgrave, malgré ses défauts, était le meilleur poste des hauteurs de Balaguier ; les deux autres et les redoutes étaient des ouvrages à peine ébauchés. L'ennemi (ndlr : les troupes françaises) avait trouvé à fort Mulgrave 25 pièces de grosse artillerie qu'il tournait déjà contre le second Balaguier.

Le 17 décembre à une heure du matin deux fortes colonnes françaises s’avancèrent sur Balaguier; les nuages obscurcissaient la clarté de la lune, dérobaient la vue à une certaine distance et favorisaient leur marche.

L’attaque commence. sur la gauche du fort Mulgrave, qui était défendue par les Anglais et Piémontais. Plusieurs fois les Français parvinrent sur les parapets, dans les embrasures, toujours ils furent repoussés avec courage. L’ouvrage plus élevé dans cette partie était presque hors d'insulte, la fermeté des troupes suppléa aux autres vices de construction. La droite occupée par les Espagnols était beaucoup plus accessible. A la faveur du terrain les Français parvinrent sans perte à en approcher au couvert à la distance de peu de toises. Il n’y avait de la à la batterie que quelque pas, et il n‘en fallait qu'un pour y entrer, d'autant plus que les défenses avaient été fort endommagées par le feu ennemi. On n’avait pas eu la précaution de tenir quelques pièces d’artillerie légère, et les grosses pièces devinrent inutiles des que les Français furent au parapet, leur service n'étant ni assez prompt ni assez facile, et par la grande inclinaison qu’il fallait donner au canon. "
fort napoleon mulgrave
" Les Espagnols résisteront vivement, mais les Français parvinrent à pénétrer dans le fort. Il se livra alors dans son intérieur un combat terrible et acharné, les défenseurs profitant des nombreuses traverses pour opposer autant de points de résistance. Le commandant anglais de la gauche sentant la solidarité qu'il y avait dans la défense générale, envoya au colonel espagnol 18 et puis 40 Piémontais sous les ordres du chevalier de Beauregard, plus un petit détachement anglais.

Ce renfort n'empêcha pas l’ennemi de se répandre dans tout l'ouvrage, excepté la partie supérieure, où était le reste des Anglais et des Piémontais, qui s’y trouvaient ainsi cernés. Alors ' le chevalier de Napion, un officier de Courten, et le chevalier de Beauregard avec leurs soldats se firent jour à travers de l’ennemi, et parvinrent à la faveur de la nuit à se retirer dans les autres forts en laissant bon nombre des leurs sur le terrain. Presque tous les Anglais y furent tués ou pris ainsi que les Espagnols. " (Mémoires sur la guerre des Alpes et les événements en Piémont pendant la Révolution française - Comte Ignace Thaon de Revel - 1871).
la seyne sur mer fort napoleon
Bonaparte blessé dans la bagarre du fort Mulgrave. " Dans son Itinéraire de Napoléon Bonaparte (1769-1821) (Ed. de l'Encyclopédie Française, Paris, 1947, p. 67), ouvrage historique qui suit Napoléon pas à pas de sa naissance à sa mort, Louis Garros nous dit : « 17 décembre 1793. A une heure du matin, par un temps affreux, l'attaque part. A trois heures, le fort Mulgrave (aujourd'hui fort Napoléon) est emporté d'assaut. Bonaparte avait eu son cheval tué sous lui en sortant du village de La Seyne et il reçut, pendant la bagarre, un coup d'esponton dans la cuisse. Il fut soigné par Joseph Hernandez, aide-chirurgien de la marine (Revue Historique. Janvier-avril- 1908, p316). " (Académie du Var - 1954).

60 m de diamètre, épaisseur des murs : 5 à 7 m. à la base, et 3 au sommet, voilà la Tour Royale (1524),
  ou 'Grosse-Tour', ou encore 'Grande-Tour'
« le dessin de la Grosse-Tour est magnifique ». Vauban - Mémoire du 19 mars 1701.
Mêmes raisons, mêmes effets. " Les habitants de Toulon se souvenaient d'abord des incursions nombreuses qu'y firent les Sarrazins, depuis l'an 734, mais ils venaient d'être alertés, à la fin du XVe siècle, par l'introduction de l'artillerie dans le matériel de siège, ce qui avait profondément modifié la défense des places fortes.

La Tour Royale protégeait l'entrée de la petite rade de Toulon.
Sous Louis XI, les boulets de pierre furent remplacés par les boulets de fer ou de fonte. Les serpentines, couleuvres et couleuvrines avaient été substituées aux bombardes, veuglaires et crapaudeaux. Les armées traînaient bien avec difficulté leurs pièces de gros calibre ; il n'en était pas de même des vaisseaux. Avec son enceinte fortifiée datant du XIVe siècle, Toulon pouvait bien se considérer comme à l'abri d'une soudaine attaque venant de terre ; toutefois, sa rade restait entièrement ouverte aux flottes ennemies. "
tour royale toulon ancienne grosse tour
" Sur les instances de la Province, alarmée par le Conseil de Ville, le roi Louis XII ordonna, en 1513, la construction « à l'entrée du port » d'une fortification en forme de tour pour en défendre l'accès. Appelée primitivement Tour-Royale, cette fortification fut de suite dénommée Grande-Tour ou Grosse-Tour par la population, frappée par ses dimensions.

L'exécution des travaux fut mise sous la direction d'un ingénieur italien de grand mérite, Jean-Antoine de la Porta, qui mourut à Toulon le 7 décembre 1524. Il avait à eu le temps de voir son œuvre complètement achevée et armée cette même année, elle avait approximativement coûté 30.000 florins. Mais, le tour fut prise elle aussi la même année 1524 !

Le commandement en était alors confié au triste sire que fut le capitaine Jehan de Mottet, connu par la lâcheté avec laquelle il la livra, sans combat, aux Impériaux, moins d'un an après sa nomination. "

(c) Région PACA - Inventaire général et Ministère de la Défense.
" La place contient seize casemates voûtées avec embrasures pour batteries rasantes. Entre ces casemates, sont disposées deux citernes de 250 mètres cubes chacune. Existent également un four, une poudrière et des loges à munitions.

Les batteries rasantes ne datent pas de la finition de la forteresse. C'est François Ier qui, après les invasions de la Provence en 1524 et en 1536, les fit installer, la Grosse-Tour n'ayant pu empêcher les flottes de Moncade et d'André Doria d'entrer en rade. La reddition de cet ouvrage fortifié donna lieu à un proverbe qui a eu cours dans la région toulonnaise durant plusieurs années : « Vendu comme la Grosse-Tour ».

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L'abjecte geôle. A la période révolutionnaire, " la Grosse-Tour est transformée en « abjecte geôle ». Elle possédait des cachots souterrains, véritables oubliettes, parfois envahis par la mer. De nombreuses victimes y furent enfermées sous la Révolution et plusieurs d'entre elles, à l'instar de ce Bertrand de la Garde, 270 ans auparavant, périrent dans ces lieux insalubres de basse-fosse durant la Terreur. " En 1815, Le fort Lamalgue et la Grosse-Tour étant combles de prisonniers Maritime un ponton en rade pour « y loger tous les gens turbulents : Napoléonistes, Jacobins et Royalistes ».  ...

Vint la guerre de 1914-18 : elle servit de prison et y furent internés des prisonniers de guerre allemands. ... Un prisonnier allemand, nommé Brumeyer, interné à la Grosse-Tour, faisait tranquillement de l'espionnage. Il notait d'une meurtrière tous les mouvements de navires et les communiquait par lettre, en Allemagne, à l'aide d'une encre sympathique.

Il fut pris et le conseil de guerre le condamna à mort. Comme il savait que ni dans un camp ni dans l'autre on ne fusillait les prisonniers, Brumeyer demanda au président du tribunal l'un des cinquante exemplaires de son jugement : « pour ma collection », s'excusa-t-il. "

Elle servit encore de prison en 1914-1918 pour interner les prisonniers de guerre allemands. ... Parmi eux, un certain Brumeyer faisait tranquillement de l'espionnage. Il notait d'une meurtrière tous les mouvements de navires et les communiquait par lettre, en Allemagne, à l'aide d'une encre sympathique. Il fut pris et le conseil de guerre le condamna à mort. Comme il savait que ni dans un camp ni dans l'autre on ne fusillait les prisonniers, Brumeyer demanda au président du tribunal l'un des cinquante exemplaires de son jugement : « pour ma collection », s'excusa-t-il. "

En 1825, la chapelle de la citadelle, qui avait été réparée en 1822, fut supprimée et le petit cimetière désaffecté.


(c) Région PACA - Inventaire général et Ministère de la Défense
1939-1945. La Grosse-Tour est plusieurs fois touchée et ravagée par les bombardements des avions alliés en 1943-1944, tandis qu'elle était occupée par les Allemands et armée de pièces diverses et de canons antiaériens. " (Emmanuel Davin en 1957 - Ingénieur mécanicien principal de la marine nationale, historien de Toulon et de la Marine, président de l'Académie du Var).

La Grosse-Tour est classée monument historique depuis 1947, elle a repris son ancien nom de Tour Royale depuis 1951. Rachetée à la Marine nationale en 2006, elle a depuis été restaurée et sécurisée. Elle est aujourd’hui le théâtre de rendez-vous festifs et culturels.

Le fort Saint Louis, ancien fort des Vignettes (1768)
« Notre petit fort Saint-Louis tient encore et l'on ne saurait trop louer la fermeté du sieur Daillon, capitaine dans Vexin, qui y commande. Il est rudement attaqué par mer et par terre. Il m'a mandé qu'il tiendrait encore aujourd'hui et peut-être demain. » (Extrait d'une lettre du maréchal de Tessé au ministre pendant le siège de Toulon en 1707).

Situé anse des Vignettes juste avant les plages du Mourillon en venant de Toulon, cette autre tour à canons doit sa construction à Vauban qui en 1692 avait revu la défense de Toulon. Achevée en 1697, la tour connait son baptême du feu à l'occasion du siège de Toulon en 1707 où elle est alors ruinée mais reconstruite dès 1708, c'est à cette époque qu'elle deviendra " fort Saint-Louis " sauf pendant une courte période de la Révolution.

Vue du fort St Louis - Vincent Cordouan 1835.
fort st louis toulon
" Le 16 août, les ennemis ont jeté une centaine de bombes dans la ville. Elles ont écrasé quelques maisons et mis le feu à quelques autres. Le 17 août, la ville était presque déserte. Le 18, le capitaine Daillon fut battu toute la journée par les canons de la Malgue et ceux de sept vaisseaux qui, depuis la capitulation du fort Sainte-Marguerite, pouvaient s'approcher du fort Saint-Louis en suivant la côte. Une énorme brèche avait été ouverte et la plate-forme n'étant plus soutenue s'était en partie effondrée. " (Bulletin de l'Académie du Var - 1891)

En 1747, on sait la tour armée de 9 canons de 36 livres et 9 autres de 12 livres. En 1790, sur les 55 pièces d'artillerie chargées de défendre la rade, 9 canons de 36 sont attribués au fort des Vignettes avant d'accueillir des obusiers et des canons rayés au XVIIIème siècle.

" Du côté de la mer une plate-forme semi-elliptique d'environ 50 mètres de diamètre élevée à 8 mètres du niveau de la mer, protégée en arrière par deux pans de murs appelés parados, bordée par un parapet ménageant neuf embrasures pour les canons. " (Bulletin de l'Académie du Var - 1998).

(c) Région PACA - Inventaire général et Ministère de la Défense
Comme la Tour Royale et faute de places dans les lieux dédiés qui sont satutrés, le fort sert de prison au XIXème siècle. Désarmé le 31 décembre 1882, le fort est inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques depuis le 29 novembre 1948. C'est aujourd'hui un cercle de la Marine, il ne se visite donc pas.

Le fort du Cap Brun (1768), aujourd'hui résidence du Préfet Maritime.
Si la batterie basse fut construite en 1695, sa voisine située au sommet n'apparait effective qu'en 1768 dans un mémoire sur la ville de Toulon. Le fort trouve progressivement sa dimension, notamment grâce aux travaux entrepris entre 1841 et 1851 mais le coût des travaux restants et l'aménagement prioritaire d'autres forts vont retarder les dernières finitions (mur d'enceinte, magasin à poudre, ...) ; il n'en était pas moins conforme au projet de Séré de Rivières tel qu’il l’avait revu en 1848.
fort cap brun toulon
En 1898 l’effectif du fort est de 90 sous-officiers et artilleurs, et 77 auxiliaires. Mais comme tous les autres forts, celui du Cap Brun évolue avec les progrès de l'artillerie, les aménagements suivent ainsi le calibre et la portée des canons qui rendront bientôt caduques son intérêt stratégique.

Il est désarmé pendant la Grande Guerre (son armement étant transféré vers le front) ; inoccupé pendant la Seconde guerre mondiale, il servira à d'école des timoniers de la Marine nationale avant de devenir la résidence du Préfet maritime en novembre 1967. (https://dossiersinventaire.maregionsud.fr)
toulon batterie basse du Cap Brun
La batterie basse du Cap Brun.

carte toulon 1633 maritime rade
Un extrait de la carte de 1633 évoquée en introduction, elle est intitulée " La Coste maritime de Provence ", œuvre de M. Marets, cartographe et Henri de Séguiran, mandaté par Richelieu. Vous pouvez notamment y voir la Tour Royale (1524) ; le fort de Balaguier datant 1636, n'apparait donc pas.

la seyne sur mer balaguier
" Quoique puissamment armés, tous les forts qui dominent le bassin de Toulon n'ont pas paru présenter cependant, au point de vue de la défense, des garanties suffisantes. On a établi, de 1878 à 1882, par décret présidentiel du 3 mars 1877, un système de trois jetées à peu près convergentes qui, grâce au peu de largeur de la passe ménagée entre elles, ferment l'entrée de la Petite Rade - notons que Vauban l'avait imaginé dès le début  XVIII (entre l'Eguillette et la Tour royale).

En 1900, on abandonna le projet d'installer à la Grosse-Tour une batterie de deux canons de 370 m/m. Dès lors, la forteresse - et ses voisines  - ne jouèrent plus qu'un rôle modeste. Les progrès de l'artillerie allaient bientôt sonner le glas des batteries de Toulon. "

Continuez avec :
- Mont Faron : la tour Beaumont, Coix-Faron, Fort-Faron, Gd St Antoine, tour de l'Hubac, d'Artigues, Ste-Catherine et Lamalgue ...
- Le fort de Six Fours, batteries de Peyras, Cap Nègre, Cap Vieux ; poste de direction de tir de Montjoie ; fort de la Pointe de la Cride.
- Autour de Toulon : Gros Cerveau, Mont Caume, les poudrières du Las ; Coudon : le fort du Lieutenant Girardon et celui du Baou Pointu.
- A l'est de de Toulon : les forts de la Colle Noire, la Gavaresse, la Bayarde et plus à l'est : au Cap Bénat et la batterie de Mauvanne.
- Les 3 forteresses d'Evenos.

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